Patrick Emond: «Le programme ici est exigeant, les joueurs le savent et le font avec entrain»

25/01/2017 à 21:29:58Genève, Florian MelliardArticle vu 6 542 fois
Patrick Emond, ancien joueur du Genève-Servette, est l’entraîneur des juniors de la catégorie Elite A à Genève. D’origine canadienne, il vit en Suisse depuis de nombreuses années et entraîne les jeunes joueurs depuis près de quinze ans.
� Photo Florian Melliard -

Cette saison, vous êtes en train de terminer le tour préliminaire en tête du championnat, ce qui est plutôt rare pour une équipe romande. Est-ce que Genève était particulièrement fort cette année ou sont-ce les équipes suisse-allemandes qui ont marqué le pas ?
Je pense que le niveau de la ligue est resté sensiblement le même que l’année passée. Il y a certains clubs comme Zoug qui, avec leur équipe de ligue B, ont peut-être plus de juniors dans leur équipe d’Elite A, mais de façon générale le niveau moyen n’a pas vraiment changé. En ce qui nous concerne, nous avions déjà un bon bassin de joueurs l’année passée et nous avons pu compter cette année sur l’arrivée d’une bonne volée de Novices Elite qui viennent renforcer l’équipe déjà existante. Cela explique pourquoi Genève Futur Hockey vit une bonne période, qui n’est selon moi pas à attribuer à une baisse du niveau général. 

En jetant un œil aux résultats de cette saison, il ressort que vous avez plus souvent eu de la difficulté à vous imposer face à des clubs romands. Y a-t-il une raison à cela ?
Quel que soit notre adversaire, je ne crois pas que nous ayons eu de match facile cette année. Nous en sommes souvent ressortis gagnants, mais toujours après un match bien disputé. Nous avons peut-être eu un peu moins de succès face à Lausanne, mais il reste encore une occasion de prendre notre revanche cette année. En dehors de cela, je ne crois pas qu’il y ait de raison spéciale pour laquelle nous avons moins de succès face à des Romands.

Votre équipe présente la meilleure défense du championnat mais est quatrième en attaque. Qu’en pensez-vous ?
Même si nous ne sommes pas les meilleurs en attaque, je considère que nous nous débrouillons très bien aussi dans ce domaine. Au contraire de ce que les statistiques peuvent laisser croire, nous ne sommes pas une équipe défensive ou repliée dans sa zone de défense. Nous axons beaucoup notre jeu sur le pressing offensif et le fore-checking, donc je ne considère pas que nous jouions sur un style défensif. Nous avons en revanche quelques règles à respecter sur le plan défensif, par exemple j’attends de tous mes joueurs qu’ils soient impliqués dans le jeu défensif lorsque besoin est. Je ne tolère pas de nonchalance lorsqu’il s’agit du back-checking et mes joueurs le savent.

Vous êtes très strict sur ces règles ?
Je suis très strict sur les quelques règles en défensive. Les joueurs le savent et y sont habitués, cela fait partie de notre façon de jouer. Mais ce n’est pas parce que nous avons cette conscience défensive que notre attaque en sort amoindrie.

Si l’on considère les statistiques individuelles, l’on constate qu’un seul attaquant du GFH ne figure parmi les 20 meilleurs scorer (Ndlr: Guillaume Maillard). Est-ce dû à votre système de jeu collectif, ou bien est-ce parce que vous n’avez pas de leader en attaque que vous devez jouer de façon collective ?
Je pense que c’est une question de formation des joueurs. De notre avis ici à Genève, un joueur qui joue uniquement offensif aura de la difficulté à évoluer en ligue professionnelle, car ces dernières requièrent de pouvoir se débrouiller dans toutes les phases de jeu. Le jeu collectif fait donc partie de notre formation et vise à enseigner à tout le monde à pouvoir adapter son jeu à la défense comme à l’attaque. Cette formation permet à nos joueurs d’être en mesure de passer à l’échelon supérieur s’ils le désirent, après quoi ils prendront de l’âge et de l’expérience et pourront ensuite se concentrer sur une spécialité. Figurer parmi les vingt premiers scorers ne nous intéresse pas spécialement.

En parlant de formation, comment s’organise la collaboration entre vous et la première équipe de Genève-Servette, par exemple en matière d’entraînements ou de système de jeu ?
Il y a une bonne collaboration et plusieurs joueurs s’entraînent régulièrement avec la première équipe selon ses besoins. Elle s’entraîne souvent à cinq blocs et il y a donc nécessité d’un surplus de joueurs, ces joueurs-là proviennent des juniors Elite. En s’entraînant avec la première équipe, ces jeunes joueurs laissent un vide qui sera comblé par des Novices Elite. Ces mêmes Novices libèrent de la place dans les entraînements de leur équipe et cela permet aux minis de s’entraîner avec les novices élites, donc c’est une sorte de tournus qui part de la première équipe pour arriver jusqu’aux mosquitos. Pour répondre à la question du système de jeu, il y a bien sûr des similitudes et des lignes directrices, mais il y a certaines choses que l’on fait en ligue nationale que l’on ne peut pas appliquer en junior. Les sorties de zone contrôlées sont un exemple d’un aspect technique majoritairement employé en ligue professionnelle, beaucoup moins chez les juniors.

La saison passée, les résultats de Genève Futur Hockey étaient plutôt décevants, or cette année vous êtes en tête du classement. Qu’est-ce qui a changé ?
Ce qui compte beaucoup dans le hockey junior, au contraire du hockey professionnel, est qu’il y a beaucoup de transferts de joueurs et donc de changements de contingent d’une année à l’autre. Ici, lorsque le joueur atteint sa vingtième année, il ne peut plus jouer avec les juniors et il est automatiquement remplacé par des Novices Elite. Le moment le plus délicat est donc la période d’adaptation des novices. Si cette étape est rapidement assimilée, l’équipe obtient tout de suite de meilleures performances. Dans notre cas, nous avions l’année passée une équipe très jeune, tandis que cette année certains vétérans sont restés et les derniers arrivés se sont très bien intégrés au groupe et au changement de niveau.

Cette « bonne cuvée » de nouveau joueurs vous laisse-t-elle optimiste pour la saison prochaine ?
L’année prochaine nous aurons à nouveau une équipe jeune et nous perdrons quelques joueurs que nous avons cette année, mais d’autres bons joueurs vont faire le saut depuis les Novices et on peut s’attendre à avoir encore une bonne cuvée l’année prochaine.

Votre gardien, Leo Chuard, est le deuxième meilleur gardien des Elite A. Travaille-t-il aussi avec Sébastien Beaulieu ? (Ndlr: leresponsable de l’entraînement des gardiens du GSHC)
Bien sûr, Sébastien collabore aussi avec les Elite A. Parfois il y a même d’autres entraîneurs qui travaillent avec lui et qui viennent donner un coup de pouce, donc il y a en réalité plusieurs entraîneurs et c’est très bon pour l’apprentissage.

Votre taux de réussite en power-play (18,79%) est meilleur que la moyenne des équipes d’Elite A, bien que cette phase de jeu ne soit généralement pas une spécialité genevoise. Y a-t-il quelque chose de différent avec vous ?
Je ne crois pas qu’il y ait vraiment de différence. Nous avons encore quelques  soucis avec le power-play, mais c’est sans doute un peu mieux que les saisons passées. J’ai remarqué une amélioration de cet aspect depuis deux-trois mois et j’espère que nous allons continuer à nous améliorer, surtout en vue des play-offs.

La base de vos joueurs est-elle constituée de jeunes issus de la formation interne genevoise, ou recrutez-vous aussi en dehors du mouvement juniors cantonal ?
La plupart de notre équipe est constituée de joueurs genevois car nous avons un bon mouvement junior, toutefois nous devons aussi nous adapter à certaines réalités qui nous contraignent parfois à recruter à l’extérieur pour avoir un contingent plus étoffé. Le mouvement junior genevois ne peut pas être comparé au mouvement junior bernois, bien plus ample, raison pour laquelle il faut parfois compléter notre contingent avec des joueurs non genevois.

D’où proviennent ces joueurs ?
Comme le font aussi Lausanne et Fribourg, nous recrutons surtout en Suisse Romande. Nous avons aussi deux joueurs lettons depuis trois ans, mais c’est une exception.

Certains anciens de votre équipe, tels que Noah Rod, Mattéo Détraz ou Romain Chuard, ont fait le saut en ligue nationale. Y a-t-il d’autres de vos actuels joueurs qui, selon vous, seront bientôt prêts à réaliser ce même changement de niveau ?
Oui absolument. Nous essayons de former un maximum de joueurs possible pour la première équipe, cela fait partie de notre mandat. Cette année et dans les années futures, il y aura toujours quelques joueurs qui parviendront à se dénicher un poste en ligue professionnelle.

On cite souvent la difficulté pour un jeune joueur finissant les Elite A de trouver un contrat lorsqu’il arrive à l’âge de 20 ans. La « Super Regio League », qui sera créée en 2017, peut-elle être une solution selon vous ?
Quand on voit les difficultés des équipes de ligue B nouvellement créées telles que Biasca ou Zoug, on peut imaginer que l’idée de la Super Régio Leage n’est pas mauvaise. Je pense que le succès ou non de cette nouvelle ligue dépendra de l’encadrement qui sera mis à disposition des joueurs. La Super Regio League ne doit pas perdre l’aspect éducatif, l’encadrement et la formation doivent être suffisants pour que les joueurs soient par la suite en mesure de tenir le niveau de la ligue B ou de la ligue A.

De façon générale, que faites-vous pour placer les jeunes en fin de contrat ? Collaborez-vous avec certaines structures de 1ère Ligue ?
Un bon pourcentage de nos joueurs dans les dernières années ont été placés quelque part, que ce soit à Genève, en ligue A ou ailleurs en ligue B, pour ceux qui avaient le niveau adéquat. D’autres sont en première ligue. Nous n’avons pas de collaboration fixe avec d’autres clubs, mais nous travaillons un peu plus avec certains clubs qui s’intéressent à nous. Par exemple, il y a toujours vers la fin de la saison des occasions pour les équipes de ligue B de connaître nos joueurs et c’est à ce moment-là que si besoin, je donne le soutien nécessaire pour que mes juniors aient leur chance avec la ligue professionnelle.

On vous voit parfois sur le banc de la 1ère équipe du GSHC. Seriez-vous intéressé à faire un jour le saut pour devenir coach en Ligue Nationale ?
Pour l’instant non. Je considère que je n’ai pas encore fini le travail que j’ai commencé ici. J’aime le monde dans lequel je me trouve actuellement, aussi bien au niveau professionnel que personnel. En revanche à moyen ou à long terme, la ligue nationale est probablement quelque chose qui pourrait m’intéresser.

En quelques mots, comment définirez-vous votre style de coaching ?
Je suis un entraîneur exigeant sur la glace, mais j’ai aussi une bonne relation avec mes joueurs et j’aime passer de bons moments avec eux. Ils savent quand ça va et qu’on peut plaisanter, mais ils savent aussi quand ça ne va pas. Malgré cela, je trouve important de garder en tête que ce n’est qu’un jeu et qu’il faut seulement le jouer de la bonne façon.

Dans mon caractère je suis bien organisé et j’aime travailler avec ce groupe d’âge-là. Parfois c’est frustrant, mais c’est plus souvent plaisant qu’autre chose. Lorsque mes juniors arrivent à la patinoire, je pense qu’ils sont heureux de jouer au hockey et cet enthousiasme me motive beaucoup en tant que coach. Le programme ici est très exigeant mais les joueurs le savent et ils le font avec entrain. Leur enthousiasme facilite beaucoup mon travail.

Peut-on dire que vous avez la formation dans le sang ?
Oui, j’en suis presque à ma vingtième année de coaching et voilà près de quinze ans que je vis en Suisse. Je travaille avec les Juniors Elite depuis un certain nombre d’années, donc je connais bien cette catégorie d’âge ainsi que les problématiques qui y sont inhérentes. Les jeunes de cet âge-là se trouvent dans une phase où il se passe tout plein de choses dans leur vie, que ce soit au niveau personnel, professionnel, à l’école ou en famille. Je suis conscient que ce n’est pas toujours une période facile pour eux, donc j’essaie de les éduquer le mieux possible, que ce soit sur la glace ou en dehors.

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