Milan
FILIPPO FRIZZI
Andrea Glauser, Sandro Schmid, Reto Berra et Christophe Bertschy ne seront pas les seuls joueurs de hockey à apporter un peu de Fribourg aux prochains Jeux olympiques de Milan et Cortina, qui s’ouvrent vendredi. Il y aura également une « touche féminine », puisque Carola Saletta, attaquante de Gottéron, griffera aussi la glace sous les couleurs de l’équipe nationale italienne. Originaire de Val Pellice, âgée de 33 ans et avocate de profession, Carola Saletta est désormais suissesse d’adoption (elle joue en effet avec une licence suisse). Elle vit depuis quelque temps à Lausanne, où elle sera bientôt rejointe par son fiancé Axel Simic, attaquant de Kloten, qui portera dès la saison prochaine le maillot du LHC. À la veille du grand événement olympique, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec elle : une discussion qui nous a permis de découvrir une femme jamais banale, qui a toujours aimé les défis. Un exemple de la manière dont on peut concilier une carrière sportive avec une carrière professionnelle.
Carola,quelle joie ressentez-vous à l’idée de pouvoir participer aux Jeux olympiques en Italie ?
C’est difficile à expliquer avec des mots. En plus, je me rends compte précisément ces jours-ci que, outre le privilège de participer à ces Jeux olympiques, je pourrai aussi les vivre à domicile. C’est une situation qui n’arrive pas à tous les athlètes. J’ai encore de la peine à croire que cela puisse vraiment se produire, mais je pense qu’il suffira d’arriver au village olympique pour que l’émotion soit très forte. Nous avons effectué un camp d’entraînement au Canada, à Montréal, mais ce n’est que maintenant, à l’approche de la cérémonie d’ouverture, que je ressens vraiment les papillons dans le ventre.
Étant enfant, vous étiez à l’aise aussi bien en gymnastique qu’en ski, des sports individuels. Puis vous avez décidé de vous orienter vers le hockey, un sport collectif. Pourquoi ?
Petite, je faisais du ski en compétition et j’étais plutôt douée. J’avais neuf ans, mais le ski m’avait lassée. J’ai hérité de la passion de mon père, Dario Saletta, qui a longtemps joué sous les couleurs de Val Pellice. Il m’emmenait aux matchs, mais lorsque j’ai chaussé des patins et pris une crosse en main, ce fut le coup de foudre.
Puis vous avez grandi et l’occasion de faire le grand saut s’est présentée, avec la European Women Hockey League sous le maillot de Bolzano, ce qui n’est pas exactement la porte à côté…
On m’a demandé de rejoindre Bolzano pour renforcer l’effectif européen. Je n’ai pas hésité une seconde, même si, à l’époque, j’étudiais à l’université de Turin. En semaine, je m’entraînais pratiquement à Torre Pellice avec les garçons afin de maintenir un rythme élevé. Le week-end, je me rendais à Bolzano. Nous avons cependant joué par exemple à Vienne ou à Bratislava. J’ai disputé quatre saisons avec les Eagles de Bolzano, en contribuant à remporter trois titres de championne d’Italie ainsi que la European Women Hockey League.
En Suisse, vous avez d’abord joué à Thoune, puis à Lausanne, et lors des deux dernières saisons avec les filles de Gottéron…
Exact. Après Thoune, j’ai adhéré au projet de Lausanne. Nous avons obtenu la promotion de la troisième à la deuxième ligue. Après une parenthèse à l’étranger, je suis arrivée à Fribourg notamment afin d’avoir la possibilité de participer aux Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026.
Votre expérience à l’étranger vous a menée dans un pays qui ne possède pas une grande tradition de hockey sur glace : la Turquie…
Mon métier d’avocate m’a conduite pendant un an et demi à Istanbul, où j’ai disputé une saison entière du championnat féminin turc. Je suis une avocate qui a toujours été attirée par le droit international, et cela m’a menée en Turquie pour m’occuper des droits des réfugiés.
Ces Jeux olympiques coïncideront avec les derniers matchs de votre carrière sportive : vous avez en effet décidé qu’après Milan-Cortina vous raccrocherez les patins. Axel doit s’en réjouir…
Sans aucun doute (elle éclate de rire, ndlr). Nos calendriers, en hiver, ne se croisent pas toujours… disons-le ainsi. En été, en fonction des entraînements d’Axel, nous aimons faire des excursions à vélo, et après la fin de la National League, nous pourrons enfin profiter de vraies vacances, que nous passerons à Lausanne.
Carola Saletta ou un parcours qui pourrait servir d’exemple à de nombreux jeunes qui peinent souvent à trouver le bon équilibre entre la vie sportive et la vie quotidienne. Sa carrière a été riche en sacrifices et en résilience. Mais cela ne pouvait être autrement quand on a la chance de grandir dans un village comme Torre Pellice (4’500 habitants), niché dans les montagnes, où les gens ont un tempérament de fer…
