Milan
Laurent Antonioli
Philippe Ducarroz
Alors qu’elle avait tout fait juste, l’équipe de Suisse de hockey masculin a vu la Finlande égaliser à 58’48’’ et tout perdre en prolongation sur une réussite d’Artturi Lehkonen (Colorado Avalanche). Avec leurs joueurs d’outre-Atlantique (avec l’absence du Zurichois Mikko Lehtonen, la sélection était estampillée 100% NHL), les Finlandais rejoignent donc le dernier carré. La Suisse, elle, rentre… en Suisse, meurtrie, désabusée, presque choquée. Match cadenassé à double tour durant le premier quart d’heure (9 tirs au total au terme de la première période) – aucune des deux équipes ne voulant laisser l’autre entrer en possession du puck en zone d’attaque – le scénario rêvé s’est dessiné, puis s’est transformé en cauchemar. Ainsi, grosse présence en zone neutre et sur la ligne bleue. Conséquence : beaucoup de rondelles mises en fond de zone et de dégagements interdits. Il a fallu une erreur derrière son but de Juuse Saros (Nashville Predators) pour que la première occasion du match se transforme en but. Une réussite 100 % lausannoise. À la suite d’un très bon forechecking de Ken Jäger sur le gardien des Predators de Nashville, ce dernier sert Damien Riat, seul devant un filet désert (1-0 / 15e). Et une minute et douze secondes plus tard, c’est même 2-0 par le porte-drapeau de la délégation helvétique à la cérémonie d’ouverture. Pius Suter (St. Louis Blues) lit parfaitement la situation et voit arriver Nino Niederreiter (Winnipeg Jets) du banc. Il ne se pose aucune question et croise parfaitement sa frappe (16e). La Suisse sait profiter des approximations adverses…
Un 3ème but qui n’arrive pas
Menés 2-0 après le premier tiers, les Finlandais se devaient de réagir. Ils ont donc mis une grande pression sur la défensive et le portier helvétique (16 parades sur cette période). Mais ce dernier s’est montré très solide. Ce qui n’a pas empêché la «Nati» de se montrer dangereuse: en plus de Timo Meier (New Jersey Devils) à la 22e minute, Nico Hischier (New Jersey Devils) s’en est procuré deux belles : l’une à la 30e, seul dans l’enclave, et la seconde à 5 contre 4 (37e). Durant les quinze minutes du troisième tiers, les Suisses ont plutôt bien géré les timides assauts de la Finlande. Ils ont même parfaitement tué une pénalité de Janis Moser (Tampa Bay Lightning) grâce à un travail agressif sur le porteur du puck de Christoph Bertschy (Fribourg-Gottéron), de Sandro Schmid (Fribourg-Gottéron) et surtout de Ken Jäger. Tout s’est compliqué à la 54e minute quand Eetu Luostarinen a vu débouler sur la droite Sebastian Aho. L’attaquant des Hurricanes est alors revenu dans l’axe et a décoché un tir parfait sur la gauche de Leonardo Genoni, à hauteur de hanche (2-1). Derrière, J.J. Moser a eu, à deux reprises, le puck du 3-1. «On a eu les occasions d’inscrire ce troisième but. Il nous a manqué cet instinct de tueur, contrairement à eux. Même quand les Finlandais marquent le 2-2, on a l’impression de gérer ce match et on a plutôt bien joué, mais ce n’était peut-être pas notre journée…», relevait péniblement Riat. Et, malheureusement, la malchance s’est invitée contre les Helvètes sur l’égalisation de la « Suomi ». Sur un tir de Miro Heiskanen, c’est la palette de Jonas Siegenthaler (N.J. Devils) qui dévie le palet dans son propre but (59e). «On vient de perdre d’une façon qui ne devrait jamais arriver» ne pouvait que déclarer Sandro Schmid au sortir de la glace.
Deux buts lors des grands rendez-vous
Il est vrai aussi que la Suisse de Fischer est en permanente lutte contre les fins de matchs dramatiques. Son problème? Ne pas savoir conclure plus tôt dans les matchs à médailles. Ce 2-3 après prolongation contre la Finlande s’inscrit dans une série cruelle: 2-3 aux tirs au but en finale du Mondial 2018 contre la Suède, 0-2 en finale du Mondial 2024 contre la Tchéquie (avec un but dans la cage vide), 0-1 après prolongation en finale du Mondial 2025, et désormais ce 2-3 en quart de finale olympique. Quatre rendez-vous, quatre fois un maximum de deux buts inscrits dans le match décisif. De tout temps, la Suisse a (bien) su défendre, rarement affoler les compteurs. Individuellement hier, Philipp Kurashev (un assist, +1, 18’51 de temps de glace) et Pius Suter (un assist) ont soutenu Nino Niederreiter, tandis que Ken Jäger a récolté un assist sur le 1-0. Mais les leaders offensifs comme Timo Meier (6 tirs, 0 point) ou Nico Hischier (22’37 de glace, 0 point) sont restés muets. La Finlande, elle, a placé six joueurs sur la feuille des compteurs et remporté la bataille des tirs (31-23) ainsi que celle du momentum, avec 3 buts consécutifs pour conclure. Quatre minutes de pénalité de chaque côté, aucune marge d’erreur: au final, 3-2 OT et une élimination cruelle. La Finlande a cadré douze tirs dans le troisième tiers et l’overtime, contre six pour une Suisse désarçonnée. Il aura donc manqué moins de deux minutes aux hommes de Patrick Fischer, exceptionnels sur le plan défensif, pour entrer dans l’histoire du hockey suisse. En effet, jamais l’équipe nationale n’a atteint le dernier carré aux Jeux olympiques. Il faut remonter à 1948 pour retrouver une médaille suisse aux JO. C’était à St-Moritz, où elle avait terminé troisième du tournoi derrière le Canada et la Tchécoslovaquie, et devant la Suède. Il faudra patienter jusqu’en 2030 (avec les joueurs de NHL?) pour remédier à cette lacune.