Rédaction
Filippo Frizzi
Depuis un peu plus de deux mois, une atmosphère électrique règne à Bienne. Jeff Skinner, 34 ans, a posé ses valises à la Tissot Arena après 16 saisons en NHL, plus de 1’110 matches, 379 buts et plus de 712 points à son actif. L’attaquant canadien a été accueilli à bras ouverts et les supporters sont enthousiastes, comme ils l’avaient été lors du dernier lock-out, lorsque Patrick Kane avait débarqué sur les bords du lac de Bienne. Carolina, Buffalo, Edmonton et San Jose ont été ses différentes étapes en NHL. Partout où il est passé, Skinner a laissé son empreinte, avec notamment plusieurs saisons à plus de 30 buts.
Moins star que son illustre prédécesseur à Bienne, Skinner n’en demeure pas moins l’une des attractions de cette saison en National League. Le Canadien a accepté de répondre à dix questions. Un échange qui permet de découvrir un joueur au patinage raffiné, doté d’un tir du poignet aussi précis que redoutable.
1) Vous êtes à Bienne depuis deux mois. Quelles sont vos premières impressions sur la vie en Suisse?
« Je m’y sens vraiment très bien. En août, j’ai découvert une chaleur étouffante et je ne m’y attendais pas du tout. Ici, la nature est magnifique et j’ai déjà eu l’occasion de visiter de très beaux endroits. En ville, on ressent vraiment la passion pour le hockey et les supporters sont très enthousiastes. »
2) Qu’avez-vous pensé en découvrant que deux langues différentes sont parlées dans une ville comme Bienne?
« Au début, j’étais surpris que deux langues différentes soient utilisées dans la même ville. Parfois, au supermarché, on me parlait français alors qu’au café, les gens s’exprimaient en allemand. J’ai toutefois rencontré beaucoup de personnes qui parlent anglais. »
3) Après toute une carrière en NHL, vous avez choisi l’Europe, la Suisse et Bienne. Pourquoi?
« Toute ma carrière s’est déroulée en Amérique du Nord et au Canada. À 34 ans, je cherchais un nouveau défi. Lorsque j’ai entendu parler de Bienne, j’ai discuté avec des amis, d’anciens coéquipiers et différentes personnes du milieu avant de prendre ma décision. Un ami proche de Patrick Kane m’a assuré que ma compagne et moi nous sentirions très bien à Bienne. J’ai également parlé avec Chris DiDomenico, mon ancien coéquipier, qui m’a encouragé à relever ce défi, car il s’est lui-même senti merveilleusement bien en Suisse. »
4) La National League vient de commencer et il est encore trop tôt pour tirer un bilan. Quel championnat avez-vous découvert?
« Je trouve que le niveau de la ligue est très bon. J’ai dû m’adapter aux dimensions plus grandes des patinoires, mais aussi à la glace, qui est différente de celle sur laquelle je jouais en NHL. Il faut changer certaines habitudes. J’ai commencé le hockey sur glace à 13 ans et j’ai quitté la NHL deux décennies plus tard. Il faut donc un peu de temps pour s’adapter, mais je suis sur la bonne voie. »
5) Il ne vous a fallu que 33 secondes pour faire exploser de joie la Tissot Arena, le 15 septembre, lors du match inaugural remporté 4-2 contre le champion en titre Fribourg-Gottéron…
« C’était très émouvant, mais je dois remercier Lias (Andersson, ndlr) pour son magnifique assist. Durant l’échauffement, je regardais les tribunes et je voyais que le public était déjà très excité par ce premier match de la saison. C’était un début de championnat vraiment difficile à oublier, notamment parce que nous avons gagné. À la fin de la rencontre, je ne savais pas vraiment comment réagir… Je n’avais jamais vu des supporters aussi bruyants et heureux que ceux de Bienne. »
6) Ceux qui vous connaissent bien vous décrivent comme quelqu’un qui apporte beaucoup de bonheur dans le vestiaire…
« Cela fait partie de ma personnalité. Je fais le métier que j’ai toujours voulu exercer. On ne gagne pas toujours, mais j’aime ce sport, je m’amuse et je considère donc que je suis une personne chanceuse. Évidemment, personne n’aime perdre, mais affronter la vie avec le sourire rend souvent les choses moins difficiles. »
7) Jusqu’à l’âge de 13 ans, vous avez pratiqué à la fois le patinage artistique et le hockey sur glace. Cela vous a permis d’affiner votre patinage…
« De 5 à 13 ans, j’ai pratiqué les deux disciplines. Elles sont complètement différentes, puisque l’une est un sport collectif et l’autre une discipline individuelle. Leur seul point commun est la glace, mais les dynamiques sont totalement différentes. »
8) Quel genre d’entraîneur est Christian Dubé?
« J’ai tout de suite apprécié la passion avec laquelle le coach vit le hockey sur glace. Le hockey est dans son ADN. En tant qu’ancien joueur, il est important de voir toute la préparation et toutes les émotions qu’il met dans son travail. Il a eu une grande carrière comme joueur et il transmet aujourd’hui cette expérience dans son rôle d’entraîneur. »
9) Des déplacements plus courts permettent de rentrer chez soi après chaque match. C’est un élément qui change la vie d’un joueur et de ses proches. Ce n’est pas le cas en Amérique du Nord…
« En NHL, c’est complètement différent. Il arrive que l’on passe 15 ou 16 jours à l’hôtel, toujours tous ensemble, parce que les déplacements sont beaucoup plus longs. Ici, on passe beaucoup moins de temps sur la route et, en trois ou quatre heures au maximum, nous sommes de retour à la maison. Cela permet évidemment d’avoir davantage de temps pour récupérer et pour profiter de sa famille. »
10) Lorsque vous étiez à Buffalo, vous avez participé à un talk-show assez décalé. Est-ce que cela pourrait être le futur de Jeff Skinner?
« Non, c’était simplement un moment amusant durant lequel j’ai essayé d’impliquer mes coéquipiers. C’était une petite parenthèse qui a permis de faire découvrir Jeff Skinner sous un autre visage que celui du joueur de hockey. Pour l’avenir ? Dans la vie, on ne sait jamais. »

