NHL – GARY BETTMAN: «Le jeu n’a jamais été meilleur, jamais été plus rapide»

NHL – GARY BETTMAN: «Le jeu n’a jamais été meilleur, jamais été plus rapide»

Gary Bettmann - Image: Cap/Sportsnet/YouTube/IA

La NHL a entamé une nouvelle saison avec une dynamique particulièrement positive. Affluences, valeur des franchises, revenus et intérêt international: tous les indicateurs semblent au beau fixe pour la ligue nord-américaine. Dans un entretien accordé à Sportsnet, dans le cadre de The FAN Hockey Show, le commissaire Gary Bettman évoque notamment le calendrier, la situation du plafond salarial, l’expansion, les clauses de non-mouvement, l’évolution des joueurs et le développement international de la NHL. Le dirigeant revient également sur la nouvelle génération incarnée par Connor Bedard, Macklin Celebrini et Matthew Schaefer, ainsi que sur la manière dont les réseaux sociaux ont changé le rapport entre les joueurs et les supporters.

Gary Bettmann, la saison vient de commencer. Comment avez-vous vécu l’été et êtes-vous heureux de retrouver la compétition?
L’été s’est bien passé. Parfois, le niveau de détente devient même trop élevé! Mais c’est toujours agréable d’être de retour et j’étais impatient que la saison commence.

La NHL compte désormais 84 matches, avec notamment les rencontres de la saison régulière disputées à l’extérieur. Pensez-vous que cette formule va s’inscrire dans la durée?
Oui. Selon toutes les indications que nous avons, le changement a été positif. Les joueurs, et nous avons travaillé là-dessus avec l’Association des joueurs, restent en forme toute l’année. Cette génération en particulier arrive au camp d’entraînement prête à jouer. Avec 84 matches, nous pouvons également organiser deux rencontres à domicile et deux à l’extérieur selon notre format, pour toutes les équipes de la division. Mathématiquement, cela fonctionne beaucoup mieux. Je pense que tout le monde, les équipes, les joueurs, l’Association des joueurs et même les supporters, est enthousiaste. Nous ne pensions pas que le camp d’entraînement devait durer aussi longtemps. Nous étions impatients de commencer et de donner à chacun davantage de hockey de saison régulière. Je pense que cela va améliorer ce que nous avons déjà.

Vous devez être satisfait de la situation actuelle de la NHL, notamment en matière d’affluence et d’intérêt autour de la ligue. De quoi êtes-vous le plus fier?
Ce n’est pas une question de savoir ce dont je peux être fier personnellement. C’est l’effort collectif à tous les niveaux: les propriétaires, les clubs, les joueurs et l’Association des joueurs. Nous sommes tous dans le même bateau. Le jeu n’a jamais été meilleur. Il n’a jamais été plus rapide. Et tout se développe à partir de là. La valeur des franchises, les partenaires commerciaux, les audiences télévisées, l’affluence… Chaque match a été à guichets fermés jusqu’ici, ce qui n’est pas surprenant. Les choses vont bien parce que tout le monde travaille ensemble.

Le plafond salarial augmente fortement. Cette progression peut-elle continuer à ce rythme?
Il existe une certaine confusion à ce sujet. Le plafond est inférieur à ce qu’il devrait être en raison des années de pandémie et du fait que la Ligue a dû récupérer environ 1,5 milliard de dollars. Nous et l’Association des joueurs ne pensions pas qu’il serait approprié de rétablir le plafond en une seule fois. Cela aurait provoqué une énorme augmentation en une année, ce qui aurait bouleversé la structure salariale. Ce serait très favorable aux joueurs qui deviennent agents libres à ce moment-là, mais ce ne serait pas nécessairement bon pour tout le monde, puisque nous avons un plafond strict. Ce qui va se passer, c’est qu’après un ou deux ans, le plafond va progressivement revenir à son niveau normal. Ensuite, le plafond et les salaires augmenteront en proportion directe de l’évolution des revenus. Le système fonctionne exactement comme il avait été conçu. Lorsque les gens disent que le plafond ne peut pas continuer à augmenter à ce rythme, c’est vrai: il ne continuera pas à augmenter à ce rythme. Il va se stabiliser, puis progresser avec les revenus.

Des critères d’expansion

La NHL a lancé un processus d’expansion. Pourquoi attendre avant d’ajouter de nouvelles équipes?
Nous ne sommes pas engagés dans un processus d’expansion. En fin de compte, c’est une décision du Board of Governors. Le bureau de la Ligue a lancé un processus dans lequel nous avons dit: «Nous voulons explorer l’expansion, alors présentez-nous vos candidatures à un moment donné.» Cela répondait à l’intérêt exprimé par différentes personnes et différents marchés qui aimeraient avoir une franchise. C’est très gratifiant de constater qu’il y a autant d’intérêt. Nous avons maintenant des discussions. Si les choses se mettent en place correctement et qu’il y a quelque chose à soumettre au Board, nous le ferons. À très haut niveau, les critères d’expansion sont au nombre de quatre. Le premier est la propriété. C’est le critère le plus important, pas seulement pour une expansion, mais pour toute franchise. Le deuxième est le marché. Est-ce un marché capable de soutenir une équipe et qui aurait du sens pour la NHL? Le troisième concerne l’aréna. Il faut disposer d’une enceinte adéquate, moderne et adaptée. Et le quatrième est peut-être le plus important: est-ce que cela rend la Ligue plus forte? Ce sont les critères qui doivent être évalués.

Certains pensent que les propriétaires veulent surtout profiter financièrement des droits d’expansion. Est-ce réellement le cas?
Il ne faut pas oublier que ce n’est pas de l’argent gratuit. Les revenus de la Ligue doivent être partagés avec une autre équipe, voire deux nouvelles équipes. Il y a donc un coût économique. Il faut mettre cela en balance avec ce qui pourrait être payé par les droits d’expansion d’une nouvelle franchise.

On voit actuellement des situations où des joueurs sans clause de non-mouvement indiquent malgré tout les destinations où ils accepteraient d’être transférés. Est-ce un problème pour la NHL?
En regardant ce qui s’est passé et ce qui se passe actuellement, je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Je ne pense pas que ce soit bon pour le joueur, pour l’équipe ou pour les supporters qui regardent et développent leur relation avec la Ligue. La clause de non-mouvement avait été créée pour une raison précise. Un joueur signe un contrat à long terme parce qu’il veut être dans un endroit où il souhaite vivre et jouer. Il peut même accepter un salaire inférieur pour cette raison et veut avoir la garantie de rester là où il a choisi de s’installer. Aujourd’hui, la situation où un joueur peut choisir où il veut aller et demander à être transféré n’était pas l’objectif initial. Si cela devient un problème, ce que je ne pense pas que ce soit encore, nous devrons en discuter avec l’Association des joueurs. Cela peut être bénéfique pour un joueur dans un cas particulier, mais au regard de ce que nous observons actuellement, je ne suis pas certain que ce soit toujours bon pour les joueurs non plus. Nous devons regarder ce qui est bon pour le hockey, pour les joueurs dans leur ensemble et pour les équipes. C’est quelque chose que nous allons garder à l’esprit.

Certains joueurs, notamment américains mais aussi canadiens, semblent pourtant réticents à évoluer sur les marchés canadiens. Est-ce une nouvelle réalité?
Une partie du problème vient effectivement du fait que certains joueurs ne veulent pas jouer au Canada. Et cela devient très public. Il y a également la question des impôts, qui est souvent évoquée comme un désavantage pour les équipes canadiennes.

Est-ce un facteur qui pénalise les équipes canadiennes lorsqu’elles cherchent à attirer des joueurs?
Il existe beaucoup de juridictions où les impôts sont élevés et où les joueurs veulent jouer, notamment New York et la Californie. Mais, au bout du compte, je pense que les joueurs veulent d’abord jouer pour une bonne organisation, dans laquelle ils pensent avoir une chance de gagner. Ensuite, ils veulent vivre dans un endroit où ils souhaitent s’installer, élever leur famille et bénéficier d’une bonne qualité de vie. Oui, dans certaines juridictions, les impôts peuvent être plus élevés au Canada. Mais les joueurs sont payés en dollars américains lorsqu’ils jouent au Canada, ce qui représente également un avantage économique. Je pense donc que c’est du cas par cas et que cela dépend des besoins individuels. Brady Tkachuk voulait jouer avec son frère. Ce sont des choses qui arrivent. Certains joueurs ne se sentent pas à l’aise dans certains endroits. Cela arrive également. Mais, au bout du compte, je pense que les joueurs veulent gagner et jouer pour une bonne organisation. Cela passe avant beaucoup d’autres considérations.

Une génération talentueuse

La NHL voit aujourd’hui arriver une nouvelle génération de joueurs extrêmement talentueux. Quel regard portez-vous sur cette évolution?
Je suis très fier de nos joueurs. J’aime leur engagement envers le hockey et ce qu’ils font chaque soir sur la glace. Ce sont de grands ambassadeurs de notre sport. Les valeurs de notre jeu et la manière dont nos joueurs deviennent partie intégrante de leur communauté me rendent fier jour après jour. C’est l’une des grandes forces de notre sport. Nous sommes actuellement dans une période particulièrement heureuse de notre histoire. Nous avons des joueurs comme Sidney Crosby et Alex Ovechkin, qui sont toujours très performants. J’ai regardé Sidney hier soir, c’était formidable. Ensuite, nous avons Connor McDavid, Cale Makar et les joueurs de cette génération. Et derrière eux arrivent Connor Bedard, Macklin Celebrini et Matthew Schaefer.

Nous n’avons peut-être jamais été dans une situation où nous avions autant de talent, particulièrement autant de jeunes talents. C’est excellent pour le hockey aujourd’hui et pour son avenir.

Cette nouvelle génération est aussi celle des réseaux sociaux. La NHL doit-elle laisser davantage les personnalités des joueurs s’exprimer?
Cette génération de joueurs est effectivement plus ouverte et donne davantage d’elle-même, ce qui est formidable. C’est aussi ce que demandent les jeunes supporters. Le hockey n’est plus seulement un spectacle de deux heures et demie. Les jeunes veulent savoir ce qui se passe derrière les coulisses. Ils veulent connaître davantage les joueurs. Quelles voitures conduisent-ils? Qu’est-ce qu’ils aiment manger? Comment s’entraînent-ils? Que font-ils pendant leur temps libre? C’est une caractéristique de la génération Z et de la génération Alpha. Nous avons dû évoluer pour rester pertinents. Mais ce qui est formidable, c’est que les joueurs de cette génération donnent également davantage d’eux-mêmes et participent au contexte social qui a contribué à faire émerger cette génération. Je pense que c’est l’évolution naturelle du hockey. Nous sommes probablement le sport majeur le plus adapté à cela, mais nos joueurs font aussi partie d’une génération plus ouverte, et c’est une bonne chose.

La NHL compte désormais 723 joueurs sur les listes d’ouverture, dont 306 Canadiens. Comment expliquez-vous cette évolution internationale?
Le hockey est devenu plus accessible aux joueurs du monde entier, que ce soit aux États-Unis, avec davantage de joueurs évoluant au niveau universitaire de Division I, ou en Europe.

Il faut garder à l’esprit que la NHL est la meilleure ligue de hockey au monde et que les meilleurs joueurs de la planète veulent y jouer, peu importe leur origine. C’est pourquoi environ 30% des joueurs viennent d’Europe, 30% des États-Unis et 40% du Canada. Ce sont toutes des sources de talent. Cette diversité est l’une des raisons pour lesquelles notre sport est devenu ce qu’il est. Tout commence par la qualité du jeu. Lorsque vous disposez d’un réservoir de joueurs qui sont les meilleurs au monde, votre produit, soir après soir, est exceptionnel.

Le repêchage centralisé a finalement été abandonné. Avez-vous l’espoir de le voir revenir?
C’était une décision des clubs. Ils nous ont dit qu’ils avaient eu un bon repêchage à Buffalo. La seule différence est qu’au lieu d’avoir les représentants des équipes sur scène, les joueurs étaient toujours présents. C’est un événement amusant. Les supporters de Buffalo et ceux qui sont venus de Toronto pour voir le premier choix étaient là. C’est ainsi que les clubs nous ont dit qu’ils voulaient organiser leur événement, et le bureau de la Ligue est chargé de mettre en œuvre ce que les clubs souhaitent.

Le repêchage a pourtant pris une nouvelle dimension dans sa présentation et sa mise en scène.
C’est incroyable. Pour moi, cela ressemblait toujours un peu à une cérémonie de remise de prix. C’est un effort collectif, mais la manière dont les récompenses sont désormais présentées est vraiment magique. Les gens le regardent depuis chez eux. C’est très bien fait.

Les discussions autour des prochains droits télévisés américains pourraient-elles influencer l’expansion de la NHL vers des marchés comme Houston ou Atlanta?
Nous ne négocierions pas les contrats télévisés en disant que nous serons présents sur ces marchés. Il faut revenir aux quatre critères que j’ai évoqués pour l’expansion. L’un d’eux est de savoir si un marché potentiel rendrait la Ligue plus forte. On peut effectivement défendre l’idée que si nous sommes présents dans les six ou sept plus grands marchés médiatiques des États-Unis, cela aurait un impact positif. Mais ce n’est qu’un facteur parmi de nombreux autres qui doivent être examinés par les gouverneurs pour décider s’ils souhaitent approuver une expansion. C’est un élément que nous considérons, mais nous n’allons pas voir les réseaux et leur dire: «Si vous concluez un accord avec nous, nous irons dans ces marchés.»

Nous devons nous assurer que la Ligue prend ses décisions en fonction de ce qui est juste pour elle.

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