Milan
Laurent Antonioli
Demain sur les coups de midi, la France entrera dans son tournoi olympique en y affrontant la Suisse. Sur le papier, c’est un duel qui paraît forcément déséquilibré. Mais attention, on se rappelle que lors du dernier duel entre ces deux formations aux Jeux olympiques de 2002, la rencontre s’était terminée sur un nul 3-3 avec une égalisation de Mark Streit tombée à la 56e minute. « C’était aussi le premier match du groupe, se souvient Yorik Treille, le sélectionneur tricolore présent à Salt Lake City avec Cristobal Huet (30 arrêts). On avait pris l’avantage à sept minutes de la fin, mais Mark avait égalisé à la suite d’un engagement perdu. » A noter également qu’en 1992, la France s’était même imposée 4-3 à Albertville.
Mais la rivalité entre ces deux nations n’existe plus vraiment à cause notamment de l’évolution dans le bon sens du terme du hockey helvétique. « Aujourd’hui, la Suisse est dans une catégorie différente qu’à notre époque. Elle fait partie de la cour des grands. Ce sont les résultats de ces dernières années qu’ils l’ont prouvé et, dans un tournoi avec tous les meilleurs présents, je pense qu’elle fait même partie des outsiders après les trois gros favoris. Sur un match, elle peut même prétendre à une médaille. Nous, on est là pour rivaliser avec ces grandes équipes. Ce sont des gros tests pour nous. On a notre fierté et notre ADN. On va se concentrer là-dessus et tout donner. On fera les comptes à la fin. »
En tout cas, la France veut être le caillou dans le patin de la Suisse d’entrée de compétition. « C’est un match d’entrée de JO qui sera en plus à midi. On pense que c’est une bonne opportunité pour les prendre. On sait que le challenge est élevé. Mais c’est le cas aussi pour les quatre parties que nous allons jouer ici. De notre côté, on fait abstraction des adversaires, on veut se concentrer sur nous et essayer de se mettre au niveau de cette compétition. On aura un quatrième match qui sera couperet, mais ce match d’entrée, il a été, bien sûr, entouré dans notre calendrier. La Suisse est un très bel adversaire pour nous sortir de notre zone de confort, dès le début. », avance encore le sélectionneur.
Un challenge
Pour l’assistant de Treille, Cristobal Huet, ses joueurs savent qu’ils vont souffrir contre la Suisse et contre tous les autres pays. « Nous aurons quatre énormes performances à sortir, face à quatre énormes nations. On va recevoir des vagues, c’est sûr. Le line-up helvétique est solide dans tous les compartiments du jeu. A nous d’être bien structurés et de faire attention aux petits détails pour rester dans la partie le plus longtemps possible. » Surtout, les Français devront sortir des performances de haut niveau sur le plan défensif. « Il va falloir être ultra disciplinés, ultra solidaires défensivement. Quand on pourra presser, on va le faire. On ne veut pas juste attendre. Pour moi attendre dans le hockey ne t’amène à rien au final. On a l’attention d’être compact. De protéger le milieu le mieux possible et de jouer en contre, ce n’est pas un secret », précise l’ancien coach de Genève-Servette.
Pour espérer lever les bras en signe de victoire, les portiers bleu – blanc – rouge devront également sortir le grand jeu. « C’est tout le challenge que nous avons. On a des jeunes gardiens, qui découvrent le haut niveau international et qu’on va lancer dans le grand bain, souligne l’actuel membre du staff technique du Lausanne HC. On essaie de les préparer au mieux pour qu’ils tirent le meilleur d’eux-mêmes. » D’ailleurs, avec l’aide de Sébastien Beaulieu, l’entraîneur des gardiens, ils ont beaucoup travaillé pour s’habituer à la dimension de la patinoire, notamment derrière le but pour le jeu avec la canne. « Le jeu derrière le but, ça sera un facteur important dans ce tournoi. Il y a tellement peu d’espace. Surtout que les adversaires risquent de beaucoup forechecker. On va devoir trouver des solutions pour sortir de la zone derrière le but le plus rapidement possible. » De plus, ce sont trois portiers qui n’ont pas beaucoup d’expériences au niveau international (Junca = 6 matches à championnat du monde / Keller = 4 matches / Neckar = 0 match). D’ailleurs, aucun n’a été encore désigné no 1 pour cette compétition. « On va attendre le dernier moment pour désigner notre gardien partant contre la Suisse (réd.: Antoine Keller qui connaît un peu les attaquants suisses ?). On sait que nous avons trois gardiens capables de jouer à ce niveau-là. Les trois auront du temps de jeu. On fera encore le point avec tous les membres du staff, dont l’entraîneur des gardiens, avant de faire notre choix. »
Da Costa et Texier joueront ensemble
Mais pour battre leur adversaire, les Tricolores devront aussi réussir à faire trembler les filets adverses. Pour se faire, Treille a choisi d’associer ses deux « vedettes » ensemble. En effet, Stéphane Da Costa (Yekaterinbourg, KHL) sera le joueur de centre d’Alexandre Texier (Montréal Canadiens) avec aussi Charles Bertrand (Sport, Liiga).« On a quatre lignes qui vont contribuer, espère Treille. On a deux talents offensifs qui sont capables de bien jouer qu’importe le niveau de compétitivité. Ils peuvent, à tout moment, créer de l’offensive. C’est également une continuité par rapport au dernier TQO où cette ligne a bien fonctionné. » Présente depuis un petit moment à Milan, la France est maintenant impatience que les choses sérieuses commencent. « La cérémonie et le défilé, c’est une belle chose et c’est derrière nous. On est ici pour performer, optimiser notre potentiel, repousser nos limites et rendre difficile la vie de nos adversaires. C’est notre objectif. En tout cas, on a hâte de rentrer dans ce tournoi. »