Rédaction
Filippo Frizzi
Il y a des joueurs qui passent, et puis il y a ceux qui restent pour toujours. Maxim Lapierre n’a pas été seulement un lion sur la glace, mais une émotion, un style avec ce sourire malicieux, cette assurance en ses moyens qui se voit sans dire un mot. Dans quelques jours, il fêtera ses 41 ans (dimanche prochain, le 29 mars) et avant d’arriver à Lugano, Lapierre avait porté les maillots des Vancouver Canucks, des Pittsburgh Penguins, des St. Louis Blues et des Mighty Ducks d’Anaheim. Avec le maillot bianconero, il a disputé 128 matchs en trois saisons, inscrivant 34 buts et 50 assists. Il a conduit Lugano (avec Elvis Merzlikins dans les buts) à deux finales (2016 et 2018), mais ce sont Berne et les ZSC Lions qui ont célébré la victoire. Lugano a été son petit Montréal. Au Tessin est née l’une de ses filles : il est donc évident que le Québécois — maintenant que les bianconeri sont revenus en playoffs après cinq ans d’attente — est impatient que les choses commencent.
Il n’a pas été facile de le joindre chez lui à Montréal. Là-bas, il neige sans interruption depuis des jours (alors qu’au Tessin il fait 14 degrés) et Lapierre mène une vie trépidante, entre l’analyse vidéo des Canadiens et le podcast — avec Guillaume Latendresse — «La Poche Bleue». Mais il trouve toujours du temps pour parler de « son » Lugano…
Alors Max, cinq ans plus tard, Lugano revient au grand bal des playoffs. En quarts de finale, l’adversaire est Zurich (qui a gagné 3-0 le match 1 samedi). Quels souvenirs?
Je me souviens d’une grande série pleine d’émotions, très disputée tant sur le plan tactique que physique. Impossible d’oublier l’entrée sur la glace lors du match 1 de la finale : la Curva Nord a explosé dans un vacarme et pour nous joueurs, cela a été un véritable “boost”. Je me souviens que Berne comme les ZSC Lions avaient un effectif très solide : Lugano a montré qu’il méritait la finale, mais nous n’avons pas réussi à soulever la Coupe.
Grâce aux amis que tu as laissés au Tessin, tu es toujours resté informé des vicissitudes des bianconeri… Les mieux informés disent que tu suis aussi les matchs…
Lugano est l’une des organisations les plus importantes du hockey suisse. Cela me rendait très triste de le voir lutter pour se maintenir dans l’élite, comme c’était le cas il y a 12 mois. Le club peut compter sur une base de supporters très chaleureuse et passionnée : cela fait plaisir de voir que cet hiver l’équipe a réalisé une excellente saison. Pour moi, Lugano doit toujours viser le Top 4 en saison régulière.
D’accord, mais tout ce qui a été fait jusqu’ici est effacé… En playoffs, chaque détail peut faire la différence…
Exact, mais d’après ce que j’ai pu voir, le club a tourné la page : nouvelle philosophie, nouveau staff et nouveaux joueurs. Ils ont réalisé une excellente saison, surtout si l’on considère qu’il s’agit de la première année de la gestion Steinmann, Mittel et Hedlund. Cela fait plaisir de revoir Lugano en playoffs : maintenant l’équipe part outsider et pourrait profiter de ce statut. Zurich est un excellent club, presque “obligé” de gagner… Dans ce cas, la série pourrait être longue : Lugano a besoin d’une victoire pour commencer à semer le doute chez les champions suisses.
Tu as arrêté tôt ta carrière (après Lugano, tu as joué une saison avec les Eisbären Berlin) et même après ton retour à Montréal, tu n’as jamais cessé de soutenir Lugano…
Lugano est resté dans mon cœur, ainsi que dans celui de ma femme Natasha et de mes filles Milya et Lexie. Kyla — notre plus jeune fille — est née au Tessin et dès que possible je reviens voir mes anciens amis, comme Sébastien Reuille ou le team manager Mirko Bertoli.
Il y a huit ans, tu portais le casque de meilleur marqueur et à tes côtés il y avait un jeune Luca Fazzini… Sais-tu que pour la deuxième année consécutive, c’est lui le meilleur buteur de Lugano ? T’y attendais-tu ?
On voyait de loin qu’il avait énormément de talent. Son tir fulgurant, véritable marque de fabrique, était l’une de ses principales qualités. Je ne m’attendais pas à une telle progression en termes de caractère et de leadership. Le voir avec le casque jaune m’a rendu très heureux. Luca est un Tessinois pur jus, un garçon simple, qui n’a jamais pris la grosse tête et qui a Lugano dans son ADN.
Il y a quelque temps, tu as déclaré qu’un jour tu reviendrais à Lugano. Au Canada, tu as acheté un club semi-professionnel et tu as donc pu voir le monde du hockey en dehors de la glace. Prêt pour une aventure en Suisse?
J’aimerais revenir un jour à Lugano, pas seulement pour rendre visite à mes anciens amis. Je serais aussi heureux de revenir en Suisse, où ma famille et moi nous sommes très bien sentis. Je trouve que le hockey suisse est de haut niveau, avec 14 clubs très professionnels : j’aimerais mettre mes compétences à disposition.
Ce qui devait être au départ un simple projet pour occuper le temps pendant le Covid-19 s’est transformé en une véritable entreprise médiatique. Tout cela, c’est La Poche Bleue… un podcast avec des millions de fans…
En 2018, avec mon ami Guillaume Latendresse, j’ai fondé une entreprise qui produit des sacs écologiques visant à réduire l’usage du plastique. Avec Guillaume, nous avons lancé La Poche Bleue, un site de fans sans aucun lien avec les Canadiens de Montréal ni avec la NHL. Nous ne nous attendions jamais à un tel succès.
Maxim Lapierre (inoubliable numéro 25, le même qu’un certain Kent Johansson…, ndlr) mène une vie trépidante et n’aurait sans doute jamais imaginé gagner plus que ce qu’il gagnait en NHL. Pourtant, le podcast La Poche Bleue — fondé avec son ami d’enfance — a été vendu à Playmaker Capital de Toronto pour la somme de 8,8 millions de dollars…






















































