NHL – Ces vendeurs de voitures ou policiers devenus coaches à succès

NHL – Ces vendeurs de voitures ou policiers devenus coaches à succès

Scotty Boman - Photo: Cap/The Coaches Site/YouTube/IA

Dans l’imaginaire collectif, les entraîneurs qui ont marqué l’histoire du hockey semblent avoir toujours été destinés à devenir des génies tactiques. La réalité est pourtant bien différente. Derrière les multiples Coupes Stanley, les titres mondiaux ou olympiques se cachent souvent des parcours semés d’embûches, des licenciements, des remises en question et parfois même des reconversions inattendues. Beaucoup ont longtemps vécu dans l’ombre avant de révolutionner leur sport.

Le cas le plus célèbre reste sans doute celui de Scotty Bowman, considéré comme le plus grand entraîneur de tous les temps avec neuf Coupes Stanley derrière un banc. Rien ne le destinait pourtant à une telle carrière. Une grave blessure au crâne, subie alors qu’il évoluait dans les ligues mineures, met brutalement fin à ses rêves de joueur professionnel à seulement 23 ans. Plutôt que d’abandonner le hockey, Bowman décide de comprendre le jeu autrement. Pendant que d’autres patinent, lui remplit des cahiers entiers de notes tactiques. Des années plus tard, il transformera Montréal, Pittsburgh, Detroit ou encore Buffalo en machines à gagner. Sa plus grande force? Il affirmait passer davantage de temps à observer ses propres joueurs que ceux de l’adversaire.

Autre monument du hockey mondial, Herb Brooks connaît lui aussi une immense désillusion avant d’entrer dans la légende. Quelques jours seulement avant les Jeux olympiques de 1960, il est écarté de l’équipe américaine comme joueur. Une humiliation qu’il ne digérera jamais complètement. Vingt ans plus tard, devenu sélectionneur, il prend sa revanche en bâtissant l’équipe universitaire qui bat l’Union soviétique lors du légendaire «Miracle sur glace» des Jeux de Lake Placid en 1980. Brooks répétait sans cesse à ses joueurs: «Je ne cherche pas les meilleurs joueurs, je cherche les bons joueurs.» Une philosophie qui a changé l’histoire du hockey américain.

Trotz, un génie… à retardement

Au Canada, Pat Burns n’a rien du parcours classique d’un futur entraîneur de NHL. Policier à Montréal pendant plusieurs années, il dirige parallèlement une équipe junior le soir. Sa réputation de meneur d’hommes grandit progressivement jusqu’à attirer l’attention du Canadien de Montréal. En 1989, pour sa première saison en NHL, il remporte le trophée Jack-Adams du meilleur entraîneur. Il gagnera ensuite la Coupe Stanley avec le New Jersey, devenant l’un des rares entraîneurs à avoir remporté plus de 500 matches avec trois franchises différentes. Burns expliquait souvent que son expérience dans la police lui avait appris une chose essentielle: gérer des hommes est bien plus compliqué que dessiner des systèmes tactiques.

L’histoire de Mike Babcock est tout aussi singulière. Avant d’arriver en NHL, le Canadien parcourt pendant près de quinze ans les championnats universitaires, les ligues mineures et même le Japon, où il entraîne les Nippon Paper Cranes. Beaucoup considèrent alors qu’il s’est perdu dans une destination exotique. Babcock y découvre pourtant une autre culture du travail et de la discipline. Quelques années plus tard, il mènera Detroit au titre en 2008 avant de devenir le premier entraîneur à réunir la Coupe Stanley, un titre olympique et un championnat du monde.

Impossible également d’oublier Barry Trotz, longtemps considéré comme un entraîneur trop défensif pour remporter la Coupe Stanley. Il passe dix-neuf saisons derrière le banc de Nashville, bâtissant patiemment une organisation compétitive sans jamais atteindre le sommet. Beaucoup pensent alors qu’il ne gagnera jamais. À peine arrivé à Washington en 2018, il conduit pourtant les Capitals au premier titre de leur histoire, offrant enfin une Coupe Stanley à Alex Ovechkin. Trotz plaisante encore aujourd’hui en expliquant qu’il est devenu «un génie du jour au lendemain», alors qu’il appliquait exactement les mêmes principes tactiques qu’à Nashville.

Les anecdotes sont nombreuses. Pat Quinn dessinait parfois ses systèmes tactiques… sur des serviettes en papier dans les restaurants. John Tortorella, réputé pour son tempérament volcanique, interdit régulièrement à ses joueurs de parler aux médias après une lourde défaite afin d’éviter des déclarations sous le coup de l’émotion. Marc Crawford conservait dans son portefeuille la liste de tous les entraîneurs qui avaient refusé de l’engager au début de sa carrière. Quant à Bowman, il changeait parfois l’ordre de ses lignes quelques minutes avant le début d’un match, sans prévenir personne, uniquement parce qu’il avait observé un détail lors de l’échauffement.

Toutes ces trajectoires racontent finalement la même histoire. Les plus grands entraîneurs ne sont presque jamais devenus des légendes du jour au lendemain. Ils ont accumulé les échecs, les détours, les expériences improbables et les remises en question. Beaucoup ont été licenciés avant d’être célébrés. D’autres ont dû partir à l’étranger ou accepter des postes dans des ligues obscures avant qu’un dirigeant ne leur fasse enfin confiance. C’est peut-être là que réside le véritable secret des grands bâtisseurs de dynasties. Leur talent ne s’est pas construit uniquement grâce aux victoires, mais surtout grâce aux revers qu’ils ont dû surmonter. Dans le hockey, les plus grands entraîneurs ne naissent pas géniaux. Ils le deviennent, souvent au terme d’un parcours bien plus tortueux que celui des joueurs qu’ils finissent par conduire au sommet.

Et avant le hockey?

Beaucoup des plus grands entraîneurs n’ont pas vécu uniquement du hockey au début de leur carrière. Plusieurs ont exercé des métiers très éloignés de la glace, qui ont d’ailleurs façonné leur personnalité et leur manière de diriger un vestiaire. Voici quelques exemples parmi les plus connus:

Pat Burns: policier

Avant de devenir l’une des figures les plus respectées de la NHL, Pat Burns travaillait comme policier à Montréal. Il effectuait ses rondes de jour et entraînait une équipe junior le soir. Il racontait souvent que gérer une intervention de police lui avait appris à garder son calme dans les situations de crise, une qualité qui fera sa réputation derrière le banc du Canadien, des Maple Leafs, des Bruins puis des Devils. Il remportera la Coupe Stanley en 2003 avec le New Jersey.

Mike Keenan: professeur de littérature anglaise

Le célèbre «Iron Mike» enseignait l’anglais dans un lycée de Toronto. Il était également entraîneur de football américain scolaire. Cette expérience d’enseignant lui donnera une approche très pédagogique… même si ses méthodes autoritaires deviendront célèbres en NHL. Il mènera les Rangers de New York à leur première Coupe Stanley en 54 ans, en 1994.

Roger Neilson: professeur d’éducation physique

Considéré comme l’un des plus grands innovateurs tactiques de l’histoire, Roger Neilson était enseignant avant de devenir entraîneur à plein temps. Son passé d’éducateur explique son obsession pour l’apprentissage permanent. Il passait des heures à analyser les règlements afin d’y trouver des avantages tactiques. C’est lui qui popularisa notamment l’analyse vidéo bien avant qu’elle ne devienne une norme.

Pat Quinn: avocat stagiaire et homme d’affaires

Avant de s’imposer comme entraîneur et directeur général, Pat Quinn avait entrepris des études de droit et travaillait également dans les affaires. Son sens de la négociation lui servira durant toute sa carrière de dirigeant.

Barry Trotz: ouvrier agricole

Originaire du Manitoba rural, Barry Trotz a grandi dans une ferme familiale. Avant de vivre du hockey, il participe aux travaux agricoles. Cette éducation forge son image d’entraîneur travailleur, méthodique et peu attiré par les projecteurs.

Marc Crawford: employé de banque durant ses études

Avant de devenir entraîneur, Marc Crawford suit des études universitaires et occupe différents emplois administratifs, notamment dans le secteur bancaire, avant de se consacrer entièrement au hockey.

Herb Brooks: vendeur et recruteur

Après avoir manqué les Jeux olympiques comme joueur, Herb Brooks multiplie les petits emplois tout en entraînant des équipes universitaires. Il travaille notamment dans la vente d’équipements sportifs avant de devenir sélectionneur des États-Unis.

Bob Hartley: vendeur d’automobiles

Avant d’exploser derrière le banc de Laval puis du Colorado Avalanche, Bob Hartley vend des voitures au Québec. Il entraîne le soir dans le hockey junior et gravit progressivement tous les échelons. Son parcours est souvent cité comme l’un des plus méritants du hockey canadien.

Scotty Bowman: employé de bureau

Après que sa carrière de joueur eut été stoppée par une grave blessure, Scotty Bowman occupe plusieurs emplois administratifs tout en entraînant des équipes juniors. Il consacre toutes ses soirées à observer des matches et à remplir des carnets de notes tactiques.

John Tortorella: entraîneur… de tout

Avant la NHL, John Tortorella passe par les ligues mineures américaines, mais aussi par les universités. Comme beaucoup d’entraîneurs américains de l’époque, il cumule plusieurs fonctions pour joindre les deux bouts, dirigeant parfois des camps d’été tout en occupant des emplois saisonniers.

Jukka Jalonen: enseignant

Le Finlandais Jukka Jalonen possède une formation d’enseignant. Avant d’être engagé à plein temps dans le hockey, il travaille dans l’éducation. Cette expérience influence profondément son management, basé sur la communication, l’écoute et la responsabilisation des joueurs.

Arno Del Curto: employé dans une banque

Avant de devenir l’entraîneur emblématique du HC Davos, Arno Del Curto travaillait dans le secteur bancaire. Il entraînait parallèlement des équipes de jeunes, avant de gravir progressivement les échelons jusqu’à bâtir l’une des plus grandes dynasties du hockey suisse.

Roger Rönnberg: éducateur spécialisé

Avant de devenir l’architecte des succès de Frölunda et désormais de Fribourg-Gottéron, Roger Rönnberg a travaillé auprès de jeunes en difficulté comme éducateur spécialisé. Il explique souvent que cette expérience lui a appris à comprendre les personnalités avant de chercher à améliorer les joueurs. Beaucoup considèrent que cette approche humaine est l’une des clés de ses succès.

Ce qui frappe, c’est que ces expériences extérieures ont souvent enrichi leur manière de diriger. Les policiers savaient gérer les conflits, les enseignants transmettre des idées complexes, les commerciaux convaincre, les agriculteurs cultiver la patience et le goût de l’effort, tandis que les éducateurs plaçaient l’humain au centre de leur management. C’est peut-être l’un des secrets des plus grands entraîneurs: avant de construire des équipes championnes, ils ont d’abord appris à comprendre les hommes.

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