BERNE – Tristan Scherwey: «Devenir papa m’a permis d’ouvrir les yeux»

BERNE – Tristan Scherwey: «Devenir papa m’a permis d’ouvrir les yeux»

Tristan Scherwey - Photo: SC Bern
Berne
Marc Savary

À Berne, certains chiffres dépassent leur simple valeur statistique. 918 matchs, toutes compétitions confondues, disputés sous le même maillot, racontent bien plus qu’une longévité exceptionnelle. Ils racontent une fidélité rare, une constance et une manière d’être joueur devenue presque intemporelle. Ce week-end, Tristan Scherwey franchit ce cap symbolique avec le SC Bern, le club d’une vie, celui qu’il n’a jamais quitté et qu’il a contribué à installer durablement au sommet du hockey suisse. Le temps a passé, forcément, et Scherwey ne cherche ni à le masquer ni à le dramatiser. «C’est sûr que je sens que je n’ai plus 20 ans. Certaines choses prennent plus de temps pour guérir, il faut adapter le rythme, faire plus attention à la récupération.» Pour Scherwey, cette lucidité est posée, presque naturelle.

«Je savais que tôt ou tard, après toutes ces années à ce niveau, l’âge allait jouer un rôle. À moi de trouver les adaptations pour pouvoir continuer le plus longtemps possible à un niveau satisfaisant.» Mais au fil des saisons, ce n’est pas seulement le corps qui a appris à s’adapter. La vie aussi a ouvert d’autres horizons. Scherwey le reconnaît sans détour. « Pendant longtemps, en vivant célibataire, tout tournait simplement autour du hockey. » Puis un autre rôle est arrivé, plus exigeant encore, plus structurant. «Devenir papa, père de famille, ça m’a permis d’ouvrir les yeux sur d’autres aspects, de trouver d’autres chemins pour arriver là où je veux aller.» Aujourd’hui, le hockey n’est plus l’unique centre de gravité, et ce nouvel équilibre est devenu une force. «La vie est plus ouverte, plusieurs chemins peuvent t’amener au même objectif.»

rester humble dans l’adversité

Dans une saison où le SC Bern traverse une période sportive exigeante, l’expérience de l’attaquant prend toute sa valeur. Il ne se définit pas comme un leader de grands discours. Son leadership est concret, quotidien. «Dans ces situations-là, j’essaie simplement d’être un leader dans ce que je fais.» Le regard reste focalisé sur l’essentiel. «Ce qui se passe autour est peut-être un peu moins important. Ce qui compte, c’est ce qui arrive sur la glace.» Et dans le vestiaire, pas de rôle surjoué. «J’essaie d’être clair dans mon rôle, d’amener ce que je dois amener pendant un match, quand il le faut dans le vestiaire, sans inventer un rôle que je ne suis pas.» Une approche simple, mais exigeante. «C’est de la simplicité, mais avec beaucoup de qualité.» À l’approche des mille matchs, la question de la suite se pose forcément. Pourtant, chez Tristan Scherwey, l’urgence n’existe pas. «J’ai une énorme motivation à vouloir continuer à jouer au hockey le plus longtemps possible.

Le jeu évolue, la ligue aussi, et cela nourrit encore son envie. «J’ai envie de m’adapter année après année, parce que le jeu se développe et que la ligue se développe. Mon focus est à 100 % là-dessus.» Lucide, Tristan Scherwey sait toutefois que rien n’est éternel. «Je sais que le jour arrivera où ça s’arrêtera.» Mais même ce jour-là, le lien avec Berne pourrait rester intact. «Ce club m’a tout donné. Tout ce que j’ai fait pendant toutes ces années est venu du cœur. Continuer d’une manière ou d’une autre, sur ou hors de la glace, c’est quelque chose que je peux très bien imaginer.» Mais si Scherwey est resté si longtemps au SC Bern, ce n’est jamais par calcul. «Je ne me suis jamais vraiment posé la question de savoir si je voulais rester ou partir.nJ’ai toujours trouvé de bonnes raisons de continuer et de m’améliorer, dans les bons comme dans les mauvais moments.» Ce qui a compté plus que tout, c’est la confiance. «J’ai toujours ressenti le support et la confiance du club, même dans les périodes où il y avait peut-être des baisses.» Une confiance essentielle. «Ça m’a permis d’investir pleinement et de savoir que si je faisais les choses correctement, tôt ou tard, ça revenait.»

Transformation du jeu

Le hockey que Tristan Scherwey a connu à ses débuts n’est plus tout à fait le même aujourd’hui. Et là encore, son regard est résolument positif. «Avant, c’étaient souvent les mêmes clubs en haut du classement. Aujourd’hui, chaque équipe peut se battre contre n’importe qui.» L’analyse, la tactique et la préparation ont profondément transformé le jeu. «Aujourd’hui, chaque club peut se baser sur une bonne structure, ce qui n’était pas toujours le cas au début de ma carrière.» Les jeunes arrivent plus tôt, mieux préparés. «Ils ont énormément de possibilités pour progresser, et ça joue un rôle important dans l’augmentation du niveau. De plus en plus de clubs investissent dans les infrastructures et les conditions autour des joueurs pour qu’ils se sentent bien dans tous les domaines. »

Champion de Suisse avec le SC Bern en 2013, 2016, 2017 et 2019, Tristan Scherwey a été l’un des piliers d’une ère dorée du club, incarnant intensité, loyauté et culture de la gagne. À la fin de l’entretien, Tristan Scherwey revient naturellement à ceux qui ont marqué son parcours. Sa pensée va d’abord vers Ruedi Reamy, une figure fondatrice de ses débuts. «Ruedi Reamy m’a ouvert les portes du hockey et m’a donné énormément sur mon chemin. Je lui serai toujours reconnaissant.» Il n’oublie pas non plus le lien entretenu au fil des années avec son fils. «J’ai aussi toujours eu un très bon contact avec Réal Reamy, une personne que j’ai beaucoup appréciée et que j’ai souvent eu plaisir à recroiser autour des patinoires.» Un salut sincère, empreint de mémoire et de respect.

Message à Julien Sprunger

Puis Scherwey adresse un message à Julien Sprunger. «À mes yeux, c’est un joueur et une personne qui représentent toute une ville à Fribourg.» Au-delà de la rivalité sportive, l’admiration est évidente. «Sa constance et sa qualité de jeu pendant toutes ces années, surtout en avançant en âge, c’est un exemple à suivre.» Pour ceux qui jouent encore, mais surtout pour ceux qui arrivent.

«Je lui souhaite une très belle dernière saison, et je suis sûr que ses qualités seront toujours les bienvenues, où que ce soit.»

918 matchs. Une seule ville. Un seul club. À Berne, Tristan Scherwey n’est pas seulement un joueur emblématique. Il est devenu une référence, un fil conducteur entre les générations et la preuve vivante qu’une carrière peut se construire dans la durée, avec constance, loyauté et cœur.

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