Le CP Berne n’a pas seulement recruté un ancien joueur de NHL. Avec Rodrigo Ābols, le club bernois récupère surtout un centre capable de jouer dans les deux sens de la patinoire, avec une expérience importante du hockey européen, une solide culture tactique et un profil de leader. Le Letton de 30 ans s’est engagé pour trois saisons après deux exercices à Philadelphie. Le directeur sportif Martin Plüss le décrit comme un centre puissant, à vocation défensive, mais également doté de qualités de leadership. Son parcours permet de comprendre pourquoi Berne a misé sur lui. Ābols a longtemps été façonné par le hockey suédois, notamment à Örebro, où il a disputé cinq saisons et porté le « C » pendant les deux dernières, avant de rejoindre Rögle en 2023. En six saisons de SHL, il a cumulé 163 points en 266 matches, soit 0,61 point par rencontre. Son meilleur rendement est intervenu à Örebro en 2021/22 et 2022/23, avec respectivement 34 et 41 points. À Rögle, il avait encore produit 26 points en 50 matches en 2023/24, dont 14 buts.
Le premier élément à retenir est sa morphologie. Ābols mesure 193 cm pour environ 93 kg et tire de la gauche. Mais réduire son jeu à celui d’un grand centre physique serait une erreur. Dès son retour à Örebro en 2017, le principal intéressé se décrivait comme un centre two-way utilisant son gabarit pour créer des situations offensives tout en mettant l’accent sur sa lecture du jeu. Les évaluations de recrutement de l’époque insistaient également sur son intelligence avec et sans le puck, son engagement dans les duels et sa capacité à gagner des possessions dans les zones encombrées.
Cette caractéristique est importante pour le SCB. Ābols n’est pas nécessairement le joueur qui va traverser la patinoire à pleine vitesse pour éliminer deux adversaires. Son influence repose davantage sur sa capacité à lire la situation avant qu’elle ne se développe. Il cherche les bonnes lignes de passe, protège le puck avec son corps et peut prolonger une séquence offensive en gagnant quelques secondes supplémentaires le long de la bande. Son évolution en Suède a d’ailleurs permis d’affiner cette dimension. Il possède une mobilité intéressante pour un joueur de son gabarit et a progressivement ajouté davantage d’explosivité à son patinage. Son passé nord-américain, puis son expérience en SHL, lui donnent également une palette assez large pour s’adapter à différents rythmes de jeu.
Pour stabiliser une ligne
Tactiquement, Ābols présente une caractéristique particulièrement intéressante : il peut être utilisé comme centre de contrôle. Cela signifie qu’il ne doit pas nécessairement être associé à deux joueurs capables de créer constamment du danger par eux-mêmes. Son rôle peut consister à gagner la mise en jeu, récupérer le puck, effectuer la première passe propre puis accompagner l’action jusqu’à la zone offensive. Une fois installé dans le territoire adverse, son gabarit devient un outil de possession. Il peut protéger le disque dans le cycle, distribuer depuis les bandes ou attaquer le slot en deuxième vague. Ses statistiques de mise au jeu en NHL illustrent cette dimension. En 2024/25, Ābols avait remporté 58,4% de ses engagements sur 113 faceoffs recensés. C’est un échantillon relativement réduit, mais il confirme qu’il dispose des bases nécessaires pour être utilisé dans des situations importantes. Il possède également suffisamment de sens défensif pour être envoyé dans des missions moins glamour. Les Flyers l’ont utilisé dans leur rotation de penalty-kill en 2025/26, signe que son apport ne se limitait pas au jeu à cinq contre cinq.
Les 15 points récoltés en 64 matches de NHL peuvent donner l’impression d’un joueur essentiellement défensif. Ce serait toutefois une lecture incomplète de son parcours. En Suède, Ābols avait montré qu’il pouvait être un véritable producteur. Sa saison 2021/22 est particulièrement parlante : 14 buts et 34 points en 47 matches, suivis de sept buts en seulement huit rencontres de playoffs. Un an plus tard, il a encore amélioré son total avec 19 buts et 41 points en 51 matches. Et avant son départ pour l’Amérique du Nord, il avait inscrit 14 buts en 50 matches avec Rögle. Il ne faut donc pas attendre de lui une production de pur premier centre offensif en National League, mais son historique européen laisse penser qu’il peut apporter davantage que ce que ses statistiques NHL suggèrent.
Les données avancées montrent surtout les limites de son rôle en NHL. À cinq contre cinq, son Corsi de 43,5% et son Fenwick de 44,1% en 2025/26 sont inférieurs à la moyenne, avec respectivement -6,3 et -6,1 points de différentiel relatif. Il faut toutefois replacer ces chiffres dans leur contexte : Ābols évoluait dans un rôle de profondeur et commençait davantage de présences en zone défensive — seulement 43,2% de ses mises en jeu à cinq contre cinq avaient lieu en zone offensive, contre 56,8% en zone défensive.
Quel Ābols à Berne?
En NHL, à Philadelphie, Ābols devait essentiellement prouver qu’il pouvait survivre au rythme et à la densité du hockey nord-américain. À Berne, il va disposer de davantage de responsabilités et surtout d’un rôle beaucoup plus proche de celui qu’il occupait à Örebro. Cela pourrait changer considérablement son influence statistique. Le CP Berne n’a pas besoin qu’Ābols devienne soudainement un joueur à 70 points. Il a plutôt besoin d’un centre capable de gagner des engagements, transporter le puck sous pression, fermer l’axe central, gagner des possessions le long des bandes et rendre une ligne difficile à jouer contre. S’il ajoute une quinzaine de buts, son apport offensif sera déjà conséquent pour un joueur appelé à jouer des minutes importantes dans les deux sens. S’il retrouve le niveau qui lui avait permis de devenir capitaine à Örebro et d’atteindre 41 points en SHL, Ābols peut devenir beaucoup plus qu’un ancien joueur de NHL dans la capitale : un centre de référence dans les deux sens du jeu.





















































