Neuchâtel
Stefanie Rossier
Alors que la Women’s League traverse une mutation profonde, marquée par l’arrivée médiatisée de mastodontes du hockey masculin et par des secousses financières brutales — à l’image du retrait soudain du HC Ambri-Piotta à la fin du mois de juillet dernier ou de la disparition de Langenthal —, la Neuchâtel Hockey Academy continue d’avancer selon sa propre feuille de route. Seule structure 100 % indépendante du paysage romand au sommet du hockey féminin suisse, le club neuchâtelois refuse les raccourcis et le rôle de victime face à la concurrence.
Face au rouleau compresseur financier représenté par le EV Zug, la présidente du club, Laure Aeschimann, tient d’emblée à apporter une nuance d’importance sur l’état réel de la ligue. Selon elle, il est inexact de penser que l’ensemble des grands clubs de National League injectent des moyens colossaux dans leur section féminine. À l’exception notable de Zoug, la plupart des autres organisations masculines demeurent extrêmement frileuses lorsqu’il s’agit d’engager de vrais budgets. La défection du HC Ambri-Piotta cet été rappelle une réalité crue: dès lors qu’une section féminine ne génère pas de revenus autonomes, elle reste à la merci des coupes budgétaires d’une entreprise générale. Une vulnérabilité statutaire que ne connaît pas la NHA, qui ne dépend d’aucun investisseur unique ni du bon vouloir d’un patron de club masculin.
Cette indépendance implique toutefois une recherche constante de ressources financières, dans un contexte où la fédération suisse (SIHF) élève année après année ses exigences opérationnelles. Pour tenir le choc, Neuchâtel s’appuie sur un modèle pyramidal que les grands clubs négligent souvent. Là où ces derniers ne gèrent généralement qu’une seule équipe au sommet sans ancrage à la base, la NHA développe une communauté complète. Le club aligne plusieurs formations adultes et juniors, et vient d’inscrire cette saison une équipe U12 dans un championnat mixte, posant ainsi les pierres d’un véritable mouvement junior féminin régional. Un investissement à long terme jugé vital pour assurer la relève, alors même que l’écosystème reste fragile.
L’argument du temps de jeu et de la formation
Sur le marché des transferts, cette philosophie axée sur la stabilité et le projet humain continue de porter ses fruits. Cet été, le club a enregistré l’arrivée de six nouvelles joueuses de premier plan, dont plusieurs internationales suisses U18. Pour le directeur technique Yan Gigon, ce recrutement valide l’attractivité du projet neuchâtelois. Le club offre à de jeunes talents ce que d’autres structures ne peuvent pas toujours leur garantir : du temps de glace immédiat et des responsabilités à haut niveau, renforcés par la présence d’une seconde équipe en SWHL C. Alors que d’autres formations subissent les choix stratégiques de leur maison-mère, la NHA demeure maîtresse de son destin et s’affirme comme le moteur de la formation romande.
Sur la glace, le cadre réglementaire de cette saison — marquée par l’absence de relégation directe — est abordé sans ambiguïté. Le nouvel entraîneur Gilles Voirol refuse catégoriquement l’idée que son équipe soit promise aux sombres profondeurs du classement ou qu’elle s’installe dans une quelconque culture de la défaite. Pour le coach neuchâtelois, l’objectif sportif est clai : après deux exercices compliqués, la NHA vise ouvertement une qualification pour le Play-in. Cette saison particulière est perçue comme une opportunité idéale pour responsabiliser les jeunes joueuses et leur permettre d’apprendre par l’erreur sans la peur paralysante du couperet immédiat. L’exigence au quotidien reste élevée, avec l’ambition de construire un groupe capable de rivaliser chaque week-end avec l’ensemble des ténors du championnat.

