À l’heure où les premières équipes de National League retrouvent la glace, les résultats des matchs amicaux peuvent facilement prêter à confusion. Une victoire ne garantit rien, une défaite n’annonce pas forcément une mauvaise saison. Pourtant, ces rencontres constituent un passage presque incontournable pour les entraîneurs, et les Hockeyades de la Vallée de Joux comme la Coupe des Bains à Yverdon-les-Bains offrent précisément le cadre idéal pour effectuer les premiers vrais tests. Cette année encore, le calendrier romand est particulièrement intéressant. Les Hockeyades se dérouleront dès demain au 14 août au Sentier, pour leur 29e édition, avec notamment Fribourg-Gottéron, Genève-Servette et Lausanne HC au programme. Le tournoi se terminera vendredi par un duel entre Gottéron et le LHC. Une semaine plus tard, la Coupe des Bains prendra le relais à Yverdon, du 17 au 22 août. Le plateau réunira encore le champion de Suisse Fribourg-Gottéron, Lausanne et Ajoie, auxquels s’ajouteront Rouen et Bremerhaven.
Et c’est justement là que commence le véritable intérêt de ces rencontres. Pour un entraîneur, le score final passe souvent au second plan. Ce qui compte, c’est de voir comment les nouveaux joueurs s’intègrent, quelles associations fonctionnent, comment une équipe réagit aux consignes et surtout si les principes travaillés à l’entraînement commencent à apparaître en situation réelle. «La préparation est capitale», expliquait déjà Christian Wohlwend lors des Hockeyades 2023. Le technicien, alors entraîneur d’Ajoie, insistait sur l’importance de cette période pour mettre son équipe en place et préparer les premières échéances officielles. Une philosophie qui résume assez bien le rôle de ces matchs d’été: il ne s’agit pas encore de gagner, mais de construire une équipe capable de gagner lorsque les points compteront. Le contexte est d’autant plus particulier que les effectifs ne sont généralement pas encore définitifs. Certains étrangers arrivent plus tard, des jeunes sont testés, des joueurs sont ménagés et les charges physiques restent importantes. Un entraîneur peut donc décider de faire évoluer trois ou quatre lignes différentes au cours d’une même rencontre. Le rendement collectif est dès lors difficile à comparer avec celui que l’on observera en septembre. C’est également le moment privilégié pour les nouveaux venus. Un défenseur recruté durant l’été doit apprendre les automatismes de son partenaire. Un centre doit découvrir les habitudes de ses ailiers. Un gardien doit prendre ses marques avec une nouvelle défense. Et pour les jeunes, ces rencontres peuvent représenter une occasion unique de montrer qu’ils méritent leur place dans le contingent de National League.
Ne pas surinterpréter les résultats
La Coupe des Bains joue ici un rôle particulier. Son plateau international permet aux formations suisses de sortir de leur environnement habituel et de se mesurer à des styles différents. En 2026, Ajoie affrontera ainsi Rouen puis Bremerhaven, tandis que Lausanne rencontrera Bremerhaven et Rouen. Fribourg sera opposé aux Dragons français puis aux Pinguins allemands. Pour les joueurs, ces confrontations sont aussi une manière de retrouver progressivement les exigences du hockey de compétition. Le rythme augmente, les espaces se réduisent, les erreurs sont immédiatement sanctionnées. Un match contre une formation étrangère permet parfois de découvrir en quelques minutes des problèmes qui seraient restés invisibles lors d’un entraînement interne. Il ne faut toutefois pas tomber dans le piège inverse: surinterpréter un résultat. Une équipe peut perdre lourdement un soir après une grosse semaine de préparation physique et produire une tout autre prestation 48 heures plus tard. L’exemple de la Coupe des Bains 2025 l’a encore démontré. Ajoie avait notamment subi une défaite 0-6 contre Pardubice, dans une rencontre où les Tchèques avaient rapidement pris le large. Le contexte et les nombreuses absences ajoulotes expliquaient en partie cette différence. Quelques jours plus tard, le même tournoi avait offert une autre illustration des aléas de la préparation avec le forfait de Pardubice, touché par un virus. Le directeur sportif tchèque Petr Sýkora résumait alors simplement la situation: «Les garçons auront quelques jours de repos, puis on prépare le début de la saison. Il reste un dernier test, et après, ça commence vraiment.» C’est finalement toute la différence entre un match de préparation et une rencontre de championnat. Le résultat est une information, mais pas nécessairement la plus importante. Un entraîneur cherchera davantage à savoir si son équipe a respecté son système défensif, si le forechecking fonctionne, si les sorties de zone sont propres ou si le jeu de puissance commence à trouver ses repères.
Les Hockeyades ont justement cette particularité de permettre aux équipes romandes de se retrouver très tôt dans la saison dans une atmosphère qui ressemble déjà à celle du championnat. Le Sentier est devenu au fil des années un rendez-vous traditionnel du hockey estival. Planète Hockey rappelait encore en 2025 que le tournoi constituait généralement le premier rendez-vous de la préparation romande. La dimension humaine n’est pas à négliger non plus. Pour un nouveau joueur, évoluer devant un public nombreux dans une patinoire pleine constitue une première expérience de la pression qui l’attendra quelques semaines plus tard. Pour les supporters, c’est l’occasion de découvrir les nouvelles recrues, les jeunes et les premières associations. Pour les clubs, ces tournois représentent enfin une excellente manière de créer rapidement une dynamique autour d’un effectif renouvelé.
Laurent Ardiet, ex-figure historique des Hockeyades, soulignait déjà que le succès du tournoi ne se mesurait pas uniquement au résultat sportif. L’événement est devenu un rendez-vous qui rassemble supporters, familles, bénévoles, partenaires et acteurs du hockey. En 2026, cette dimension reste intacte: les Hockeyades sont présentées comme bien davantage qu’un simple tournoi de préparation, avec cette volonté de réunir toute la communauté du hockey autour de la glace du Sentier. Puis viendra Yverdon. La Coupe des Bains permettra de franchir une nouvelle étape dans la montée en puissance. Le niveau des adversaires, les déplacements, l’enchaînement des rencontres et les premiers véritables automatismes permettront aux staffs de disposer d’informations beaucoup plus précises. Pour certains joueurs, ce seront même les dernières occasions de gagner leur place avant que les entraîneurs ne réduisent progressivement leurs rotations.
Et c’est probablement là que réside la véritable valeur de ces matchs d’août. Ils ne servent pas à établir un classement, mais à établir des certitudes. Un entraîneur veut savoir avec qui il peut jouer, dans quelle configuration, avec quel système et à quel niveau d’intensité. Lorsque la National League débutera à la mi-septembre, personne ne se souviendra vraiment du nombre de victoires obtenues au Sentier ou à Yverdon. En revanche, les staffs se souviendront parfaitement du joueur qui aura saisi sa chance, de la ligne qui aura trouvé une alchimie inattendue ou du problème défensif identifié suffisamment tôt pour être corrigé.





















































