Après une saison 2025/26 presque fantomatique avec Zoug, Fabrice Herzog change d’air. À Rapperswil, le Thurgovien ne débarque pourtant pas comme un joueur à reconstruire. Son CV reste impressionnant, son expérience internationale intacte et sa capacité à peser dans les moments importants est connue. Mais à 31 ans, après une campagne marquée par une longue disette offensive et une blessure au dos, il doit désormais répondre à une question simple: le Herzog que l’on a connu est-il toujours au bout du fil?
Il y a des transferts qui ressemblent à des paris. Celui de Fabrice Herzog à Rapperswil-Jona ressemble davantage à une tentative de relancer clairement le joueur. Non pas parce que le Thurgovien serait arrivé au bout de sa carrière, loin de là, mais parce que sa dernière saison à Zoug a laissé une impression étonnamment éloignée du joueur que la National League avait appris à connaître. Trois buts. Huit points. 48 matches. Pour un attaquant qui avait inscrit 18 buts et 34 points en 2023/24, puis encore 13 buts et 19 points en 2024/25, le contraste est saisissant. Son différentiel est également passé de +12 à -8. Et comme si cela ne suffisait pas, Herzog est resté 26 matches consécutifs sans marquer avant de retrouver le chemin des filets lors du premier match de play-in contre… Rapperswil-Jona. Une ironie du calendrier qui n’a échappé à personne.
Ce but, inscrit dans la victoire 5-2 de Zoug, n’était pas anodin. Il mettait fin à une série qui commençait à peser lourdement sur un joueur habitué à être un finisseur fiable. «Cela m’énervait énormément», expliquait-il alors, conscient de la situation. Mais le plus intéressant est arrivé quelques semaines plus tard. Car lorsque la saison de Zoug s’est réellement jouée, Herzog a retrouvé une partie de ce qu’il avait perdu. En play-in puis en quarts de finale, il a produit davantage et s’est à nouveau retrouvé parmi les joueurs les plus dangereux du EVZ. Au total, il a terminé les play-offs avec quatre points en sept matches, dont deux buts. Et cette embellie n’est pas passée inaperçue.
Retour en équipe de Suisse
Lors de la préparation du Championnat du monde 2026, Herzog a été rappelé par l’équipe de Suisse. Il a lui-même reconnu que sa saison n’avait pas été bonne et identifié une blessure au dos datant de la saison précédente comme l’un des éléments ayant compliqué son retour à son meilleur niveau. Après avoir effectué une préparation physique adaptée, il expliquait pouvoir à nouveau jouer «sans souci». Quelques jours plus tard, il marquait déjà contre la Hongrie avec la sélection suisse. Et voilà le paradoxe Herzog: celui qui semblait en panne à Zoug redevenait soudain intéressant lorsqu’il retrouvait le maillot rouge à croix blanche.
La question n’était donc peut-être pas de savoir si Herzog avait encore les qualités pour jouer au plus haut niveau. La vraie question était: où allait-il pouvoir les retrouver? La réponse est tombée avant même la fin de la saison: Rapperswil-Jona. Le contrat porte sur une seule saison, jusqu’au printemps 2027. Un choix qui a évidemment une dimension sportive, mais aussi stratégique. Les Lakers ne recrutent pas simplement un joueur capable de compléter une troisième ligne. Ils récupèrent un attaquant qui compte 608 matches et 307 points en National League, avec 159 buts et 148 assists, et qui possède deux titres de champion suisse à son palmarès. Et pas deux titres quelconques.
En 2018, Herzog est champion avec les ZSC Lions. En 2022, il inscrit le but décisif du septième match de la finale contre Zurich et offre à Zoug le titre national. C’est précisément ce genre de souvenirs qui explique pourquoi Claudio Cadonau a voulu miser sur lui. Le directeur sportif des Lakers insiste sur sa puissance, son expérience et surtout sa présence devant le but adverse, estimant qu’il peut constituer une menace constante et devenir un facteur décisif dans les moments importants. Rapperswil ne recrute donc pas le Herzog de ses statistiques 2025/26. Le club recrute celui qu’il pense encore être.
Pour marquer, il faut tirer
Son taux de réussite au tir (un peu plus de 5%) traduit une partie du problème. Mais le volume lui-même pose question: seulement 57 tirs en 48 rencontres. On peut toujours attendre une remontée statistique, mais encore faut-il recommencer à tirer. C’est précisément ici que le changement d’environnement pourrait lui être bénéfique. A Zoug, Herzog était devenu un élément parmi d’autres dans un effectif extrêmement riche. À Rapperswil, il arrive avec un statut différent. Il est l’un des renforts majeurs du mercato et devra prendre davantage de responsabilités. Cadonau l’a d’ailleurs présenté comme un joueur dont l’expérience doit aider les Lakers à franchir un nouveau cap. Le club a terminé la saison régulière 2025/26 au septième rang, avec 81 points, avant d’atteindre les quarts de finale.
Herzog possède également une autre qualité qui ne se mesure pas toujours dans une statistique: l’expérience des grands rendez-vous. Cinq Championnats du monde, deux Jeux olympiques, 148 sélections avec la Suisse et une médaille d’argent mondiale en 2024. Son parcours international n’est pas celui d’un simple joueur de complément. Il a également connu l’Amérique du Nord, ayant été repêché par les Toronto Maple Leafs en 2013 et évolué en LHJMQ ainsi qu’avec les Toronto Marlies en AHL. Tout cela explique pourquoi son transfert n’a pas été perçu comme celui d’un joueur en bout de course.
Herzog aura donc douze mois pour démontrer que sa baisse de régime était un accident, lié notamment à ses problèmes physiques, plutôt que le début d’un déclin durable. Et voilà pourquoi la saison 2026/27 ressemble autant à une année de relance. Herzog n’a pas besoin de convaincre qu’il a été un très bon joueur suisse. Son palmarès le fait à sa place. Il doit simplement répondre à une question beaucoup plus actuelle: «Allô, Fabrice? Il y a encore quelqu’un sur la ligne?»





















































