Le 31 janvier 2014, Romain Loeffel change de club, mais surtout de statut. Après avoir grandi dans le hockey neuchâtelois, effectué sa formation à Fribourg-Gottéron et disputé une première finale de championnat en 2013, le défenseur de 22 ans quitte les Dragons pour rejoindre le Genève-Servette HC. L’échange est officiel : Loeffel prend la direction des Vernets, Jérémie Kamerzin et John Fritsche font le chemin inverse. Il n’aura pas le temps de s’installer véritablement durant cette fin de saison. Loeffel ne dispute que deux matches de championnat avec Genève, inscrivant un but. Mais ce changement va prendre toute son importance quelques mois plus tard. Car la saison 2014/15 va être celle de l’affirmation. À Genève, Loeffel arrive dans une équipe qui sort d’une saison particulière. Les Aigles ont remporté la Coupe Spengler 2013 et viennent d’atteindre les demi-finales du championnat, éliminés par les ZSC Lions au terme du septième match. Le défenseur rejoint donc un groupe déjà ambitieux, avec des joueurs expérimentés comme Goran Bezina et Daniel Vukovic. Dans le magazine officiel du club, Bezina souligne d’ailleurs que Loeffel possède déjà suffisamment de métier pour contribuer rapidement. Le changement est immédiat.
En 43 matches de saison régulière 2014-15, Loeffel inscrit 29 points, dont huit buts et 21 assists. Il ajoute dix points en douze matches de playoffs. Pour un défenseur de 23 ans, c’est une première saison genevoise particulièrement productive.
Mais Genève lui offre aussi une scène particulière : la Coupe Spengler. En décembre 2014, les Aigles retournent à Davos avec le statut de tenants du titre. Et ils vont réussir à conserver leur trophée. Quatre matches, quatre victoires. Salavat Youlayev Oufa, Jokerit Helsinki, Team Canada puis une nouvelle victoire contre Oufa en finale. Loeffel participe aux quatre rencontres et totalise quatre points, deux buts et deux assists. Cette campagne possède également une dimension collective importante. Genève inscrit huit buts en supériorité numérique durant le tournoi, avec une efficacité exceptionnelle dans cet exercice. Le jeu de puissance devient l’une des armes majeures des Grenat. Pour Loeffel, cette période confirme une qualité qui va devenir une constante de sa carrière : sa capacité à apporter offensivement depuis la ligne bleue.
Changement de statut
La saison suivante, il franchit encore un cap. En 2015/16, il dispute les 50 matches de la saison régulière et récolte 33 points, dont six buts et 27 assists. Il ajoute sept points en onze matches de playoffs. Genève termine troisième de la saison régulière avant d’éliminer Fribourg-Gottéron en quarts de finale. En demi-finale, les Aigles retrouvent Lugano dans une série spectaculaire remportée par les Tessinois après cinq victoires de l’équipe visiteuse dans les cinq premiers actes.
Loeffel est désormais installé. Et son rendement offensif continue de progresser. La saison 2016/17 est statistiquement sa meilleure sous le maillot genevois : 36 points en 50 matches, avec dix buts et 26 assists. Il n’est plus simplement un défenseur capable de produire. Il est devenu l’un des défenseurs suisses offensifs importants de la National League.
Mais Genève traverse alors une période plus compliquée. La saison 2016/17 est marquée par les blessures. Les Aigles terminent sixièmes et sont éliminés dès les quarts de finale par Zoug. La saison suivante, avec Craig Woodcroft derrière le banc, Genève connaît encore des difficultés et doit attendre les deux dernières journées pour assurer sa qualification en playoffs. Berne élimine finalement les Grenat en cinq matches. Pour Loeffel, l’exercice 2017/18 est moins productif statistiquement : 24 points en 48 matches, avec dix buts et 14 assists. Mais son passage aux Vernets aura profondément changé son statut. En quatre saisons genevoises, il aura découvert une autre dimension du hockey professionnel. Il aura connu les grandes compétitions, la Coupe Spengler, les playoffs, les déceptions, mais surtout une progression individuelle régulière.
Quatre ans à Lugano
Et puis arrive un nouveau choix: Lugano. Le défenseur quitte Genève au printemps 2018 pour rejoindre le HC Lugano, avec lequel il signe un contrat de quatre ans. Ce choix n’est pas seulement financier ou sportif. Dans une interview accordée à Slapshot à l’automne 2018, Loeffel explique qu’il s’agit de son premier transfert décidé personnellement. Il évoque notamment le système de jeu de Greg Ireland, le rôle qui lui est proposé et son envie de découvrir une nouvelle culture et une nouvelle langue. Lugano attend beaucoup de lui. Le directeur sportif Roland Habisreutinger le présente alors comme un défenseur suisse capable de créer le jeu, tandis que le club tessinois espère que son arrivée contribuera à rapprocher l’équipe du titre national. Le contexte est important. Loeffel n’arrive plus à Lugano comme le jeune joueur qui cherche sa place. Il arrive comme un défenseur confirmé de 27 ans, international suisse, avec plusieurs saisons à plus de 20 points derrière lui et une responsabilité offensive clairement identifiée. Son premier exercice tessinois confirme immédiatement cette évolution.
En 2018/19, il inscrit 32 points en 48 matches, dont dix buts et 22 assists. Il participe également à la Champions Hockey League et à la Coupe de Suisse. Mais la trajectoire ne sera pas aussi linéaire que ses statistiques pourraient le laisser penser. Lugano lui apporte une nouvelle expérience, de nouvelles responsabilités et une autre pression. Le rêve est clair : gagner le championnat. Le titre ne viendra pourtant pas. Et derrière ce passage au Tessin se dessine déjà la suite de son parcours : l’équipe nationale, les Jeux olympiques, les Mondiaux, puis une nouvelle étape à Berne. À Genève, Romain Loeffel avait changé de dimension. À Lugano, il va découvrir ce que signifie porter les attentes d’un club qui veut absolument gagner. Et c’est précisément cette période qui nous conduira vers le prochain épisode: celui du défenseur international, de la sélection suisse et de la médaille d’argent mondiale qui lui échappera longtemps avant de devenir réalité.
(À suivre demain: Romain l’international)