NATIONAL LEAGUE – JULIEN SPRUNGER: «Le champion part en première ligne, mais tout le monde repart de zéro!»

NATIONAL LEAGUE – JULIEN SPRUNGER: «Le champion part en première ligne, mais tout le monde repart de zéro!»

Illustration: PH/IA
Rédaction
Filippo Frizzi

On dit que le destin est souvent dit écrit d’avance. Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Le destin se façonne, à travers les choix que l’on fait, qu’ils soient dictés par la vie ou par le cœur. Qui sait combien de fois Julien Sprunger se sera répété cette phrase au cours des quatre derniers mois? Le capitaine emblématique de Gottéron, qui, à 40 ans passés et après 22 saisons sous le maillot des Dragons, a mis un terme à sa carrière en soulevant le trophée de champion de Suisse le 30 avril dernier. Tout un canton est littéralement devenu fou durant ces journées historiques: la victoire face à Davos a en effet offert à Fribourg son premier titre, tant attendu. Un peu plus d’un an auparavant, Sprunger envisageait de raccrocher les patins. Il avait finalement choisi de jouer une saison supplémentaire. Et il est difficile d’imaginer meilleur choix.

Après des célébrations qui se sont prolongées pendant de longues semaines, Sprunger a enfin pu couper avec le hockey et se consacrer à sa famille. Avant cela, durant les mois de mai et juin, il a été littéralement sollicité par les principales entreprises fribourgeoises, qui se sont disputé sa présence comme ambassadeur de leur marque ou comme simple invité lors de diverses manifestations. Julien est ensuite parti avec sa famille pour de magnifiques vacances en Indonésie. Il n’a notamment pas eu à se lever à 6 heures du matin pour aller courir, comme il avait l’habitude de le faire par le passé, et surtout, il n’a pas eu à penser au hockey sur glace. Il a également réservé une semaine de vacances durant la période de Noël, durant laquelle il pourra enfin aller skier, une discipline strictement interdite lorsque l’on est un sportif d’élite. À un peu plus de deux semaines du coup d’envoi de la nouvelle saison, nous avons voulu faire le point sur l’exercice qui se profile. Et qui mieux que Julien Sprunger pour établir une première hiérarchie de la nouvelle National League ?

Partons des champions: Gottéron sera-t-il l’équipe à battre, puisqu’il est le champion de Suisse en titre ? Vous avez arrêté, Berra est parti à Kloten, Biasca a traversé l’Atlantique tandis que Wallmark est retourné au pays. Les hommes de Rönnberg parviendront-ils à confirmer?
Lorsque vous êtes champion de Suisse, vous partez en première ligne. Mais tout le monde repart de zéro. La saison dernière a été inoubliable, mais elle appartient désormais au passé. Il y a eu des changements, une nouvelle équipe, le même entraîneur et de nouveaux joueurs. Toutes les autres équipes se sont renforcées. Pour les joueurs de Gottéron, ce sera avant tout un défi personnel: démontrer qu’il est possible de rééditer cette performance.

«Le départ de Stransky pèsera beaucoup»

Davos, finaliste, a perdu Matej Stransky et Michael Fora. Les Grisons de Josh Holden réussiront-ils à reproduire leur extraordinaire saison régulière 2025/26 ?
Sincèrement, je pense que le départ de Stransky pèsera beaucoup dans le fonctionnement du jeu grison. Chris Egli est arrivé, et surtout Ken Jäger, un joueur polyvalent et doté d’une énorme expérience. Ils ont réalisé un excellent recrutement et chercheront à continuer à construire dans la même direction que l’hiver dernier.

Les ZSC Lions de Zurich ont été les grands déçus. Un entraîneur de premier plan comme Claude Julien est arrivé derrière la bande. La Coupe reviendra-t-elle sur les rives de la Limmat?
Chaque année, les ZSC Lions font partie des grands favoris pour le titre. Si l’on regarde les joueurs dont ils disposent et leur entraîneur au prestigieux CV, leur objectif est au minimum d’atteindre la finale. Le défi, sur les rives de la Limmat, sera toujours de tirer le meilleur de leurs joueurs et de leur attribuer un rôle spécifique, qu’il s’agisse des étrangers ou des Suisses comme Sven Andrighetto, Denis Malgin ou Dean Kukan.

Venons-en aux équipes romandes, en commençant par Lausanne. Jäger et surtout Théo Rochette ont quitté Malley. Geoff Ward a toutefois réalisé un excellent travail ces dernières années. Rappelons que les Vaudois ont disputé deux finales au cours des trois dernières saisons…
Lausanne misera sur la stabilité, surtout sur le plan défensif. Romain Loeffel et Michael Fora sont arrivés, deux défenseurs dotés d’une expérience internationale et capables d’apporter pas mal de points. Dans les buts, ils ont perdu Connor Hughes et nous verrons donc si Kevin Pasche saura afficher un rendement constant. Il est évident que la perte de deux joueurs polyvalents comme Rochette et Jäger, utilisés aussi bien en supériorité numérique qu’en boxplay, ne sera pas facile à compenser. Lausanne est un point d’interrogation: cette équipe possède beaucoup de qualité, mais je ne sais pas vraiment où elle peut se situer. À mon avis, elle ne sera pas dans le Top 4.

Et le Genève-Servette, que vous aviez éliminé en demi-finale l’hiver dernier…
Genève me fait beaucoup penser au Gottéron de septembre dernier. Un nouvel entraîneur suédois est arrivé, un technicien qui possède une solide expérience et qui a également beaucoup gagné avec l’équipe nationale, la Tre Kronor. Les Genevois disposent peut-être du meilleur contingent d’étrangers de la Ligue. Johnny Kneubühler est arrivé en attaque, tout comme Ramon Untersander, qui voudra démontrer à tout le monde qu’il reste un excellent joueur. Je suis très curieux de voir comment ils vont gérer leurs gardiens. Contre nous en demi-finale, ils ont presque toujours alterné entre leurs deux portiers et, selon moi, cela ne les a pas aidés.

«Un vent nouveau dans le Jura»

Ajoie a également franchi un cap important en misant sur une augmentation de capital et en faisant venir à Porrentruy un entraîneur expérimenté et titré comme Ville Peltonen. Les Ajoulots réussiront-ils à échapper à la quatorzième place ?
Je pense que, dans le Jura, il n’y avait pas beaucoup d’autres solutions: il fallait changer quelque chose. Ils se sont assuré les services d’un entraîneur de renom comme Peltonen. Comme à Ambrì, il y aura un entraîneur finlandais, très exigeant concernant le système de jeu. Un vent nouveau va souffler dans le Jura et, avec l’engagement de nouveaux étrangers — je pense notamment à Daniel Carr, mais aussi à Honka — ils peuvent viser une sortie de la quatorzième place.

Chaque année, une équipe surprise émerge. Cette saison, cela pourrait-il être Bienne de Christian Dubé, un entraîneur que vous connaissez très bien?

À la Tissot Arena, il n’y a pas une énorme pression, mais il est évident que Bienne veut également redevenir un protagoniste, après la finale perdue contre Genève il y a quelques années. Ce sera l’an zéro pour Christian Dubé, un entraîneur que je connais très bien et qui apporte de l’enthousiasme ainsi qu’un vent de fraîcheur. Dominic Zwerger est une excellente recrue. Il avait très bien réussi à Ambri et il ne faut pas oublier les jeunes Jonah Neuenschwander et Mark Sever, qui ont également réalisé de très bonnes choses. Lias Andersson pourrait par ailleurs devenir leur finisseur.

Venons-en aux équipes tessinoises, en commençant par Lugano. Les hommes de Mitell ont été la véritable surprise du dernier championnat. Comment voyez-vous les Bianconeri?
L’hiver dernier, ils ont connu un début difficile, mais cela pouvait être prévu après l’arrivée d’un nouveau staff technique. Il leur a fallu environ un mois pour trouver leur rythme, mais ils ont ensuite affiché une bonne cadence en novembre, décembre et janvier. Ils ont construit leur “édifice” de jeu brique après brique et ont finalement obtenu un excellent classement. Lugano peut compter sur des joueurs importants comme Calvin Thürkauf et Luca Fazzini. En défense, Mirco Müller a complété le contingent étranger avec des joueurs vraiment intéressants, Olle Lycksell en tête.

«Reto est une garantie»

Venons-en à Ambri, historiquement l’une des “bêtes noires” de Gottéron. Comment voyez-vous la saison des Léventins?
Ambri a dépendu de Paolo Duca et Luca Cereda pendant tellement d’années qu’il n’a pas été facile de repartir. Pour le comité, pour les supporters, mais aussi pour les joueurs eux-mêmes. Une reconstruction demande du temps et surtout de la patience. Lars Weibel a eu le mérite de miser sur Jussi Tapola dès avant le playout, afin de poser les bases d’un nouveau départ. L’entraîneur arrivé en Léventine possède une excellente expérience et le hockey finlandais est un hockey très structuré. À Ambri, il y a des joueurs qui travaillent énormément et qui suivent leur entraîneur. Ce ne sera peut-être pas l’équipe la plus talentueuse de la Ligue, mais Ambri peut compter sur sa ténacité légendaire, son public extraordinaire et son sentiment d’appartenance.

Nous ne pouvons pas conclure ce tour d’horizon sans parler de Kloten et de votre ami de longue date Reto Berra. Comment voyez-vous les Flyers?
Sur le papier, Kloten n’est pas une équipe qui fait peur, mais c’est une formation qui a énormément progressé depuis son retour en National League. Il ne faut pas oublier que Kloten est le dernier arrivé dans le grand bal de la National League. Souvenons-nous des difficultés rencontrées par Ajoie pour passer de la Swiss League à la National League. Routsalainen est de retour, Reto est une garantie dans les buts et des joueurs comme Meyer, qui vient de prolonger son contrat, ou Leandro Profico apportent de la stabilité. C’est un bon mélange. C’est une équipe capable de battre n’importe qui, mais je ne pense pas qu’elle dispose du potentiel nécessaire pour entrer dans les playoffs.

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