WOMEN’S LEAGUE – ESTELLE DUVIN: «Fribourg est un projet ambitieux dans lequel je me reconnais»

WOMEN’S LEAGUE – ESTELLE DUVIN: «Fribourg est un projet ambitieux dans lequel je me reconnais»

Estelle Duvin - Photo: Cap/Hockey France TV/YouTube/IA
Rédaction
Philippe Ducarroz

Internationale française depuis l’âge de 16 ans, Estelle Duvin fait partie des figures majeures du hockey féminin tricolore. Passée par le Canada, la Finlande et la Suisse au fil de sa carrière, l’attaquante de 29 ans s’est imposée comme une joueuse d’expérience au profil complet. Après trois saisons sous les couleurs de Berne, elle a choisi de relever un nouveau défi en rejoignant les Fribourg-Gottéron Ladies, où elle entend mettre son intensité, son leadership et son vécu international au service des ambitions du club. Interview.

Estelle, vous avez surpris beaucoup de monde en quittant Berne pour Fribourg-Gottéron Ladies. On vous imaginait poursuivre votre aventure dans la capitale. Qu’est-ce qui a motivé ce choix?
Cela faisait plusieurs années que j’étais installée dans la région bernoise, d’abord à Thoune, puis à Berne. J’y ai vécu trois très belles saisons et je me suis toujours sentie bien dans ce club. Mais tout au long de ma carrière, j’ai souvent changé d’environnement. J’ai beaucoup voyagé et, à un moment, j’ai ressenti le besoin de relever un nouveau défi.

Qu’est-ce qui vous a le plus séduite dans le projet fribourgeois?
J’ai trouvé un club qui avance étape par étape, avec une vraie vision. Rien n’a été construit dans la précipitation. L’équipe grandit progressivement et continue de franchir des paliers. C’est exactement le type de projet auquel j’avais envie d’être associée. Fribourg est aussi un club ambitieux. Je me sens bien en Suisse et cette opportunité est arrivée naturellement.

Vous avez connu plusieurs championnats au cours de votre carrière. Votre parcours est assez atypique…
Oui, j’ai toujours aimé découvrir de nouveaux environnements. Après mes débuts en France, je suis partie au Canada où j’ai effectué une première saison à l’Université du Maine avant de poursuivre mes études à Montréal. À cette époque, la PWHL n’existait pas encore et, une fois mon cursus universitaire terminé, il était logique pour moi de revenir en Europe afin de poursuivre ma progression.

Une grande voyageuse

Vous avez ensuite choisi la Finlande avant de rejoindre la Suisse. Pourquoi?
J’avais envie de découvrir un autre hockey, un championnat reconnu en Europe et de franchir une nouvelle étape vers le professionnalisme. La Finlande représentait une formidable opportunité et je n’ai jamais regretté ce choix. Par la suite, une possibilité s’est présentée en Suisse. Les conditions proposées étaient excellentes, le championnat était en pleine évolution et cela correspondait parfaitement à ce que je recherchais.

Vous avez quitté la Finlande assez rapidement , finalement…
Ce n’est absolument pas parce que je ne m’y plaisais pas. J’ai adoré vivre à Turku et j’ai énormément apprécié le championnat finlandais. À l’époque, il faisait même partie des meilleures ligues européennes. Mais le championnat suisse a énormément progressé ces dernières années. Depuis mon arrivée, j’ai vu son évolution saison après saison. Aujourd’hui, je pense sincèrement que la Women’s League offre un niveau de jeu supérieur à celui de la Finlande, avec de meilleures conditions de travail pour les joueuses. C’est devenu un championnat très attractif.

La PWHL reste-t-elle un objectif?
Oui, forcément. C’est une ligue qui continue de grandir et qui attire les meilleures joueuses du monde. Je suis ce qui s’y passe avec beaucoup d’attention et je regarde aussi le parcours des joueuses européennes qui tentent leur chance. Aujourd’hui, je me sens vraiment bien en Suisse. J’y ai trouvé un excellent équilibre entre le hockey et ma vie personnelle. Cela ne veut pas dire que je ferme la porte à la PWHL, bien au contraire, mais pour l’instant je suis pleinement investie dans mon projet ici.

Question un peu indiscrète de journaliste: votre contrat avec Fribourg prévoit-il une clause de départ en cas d’offre de la PWHL?
Oui, il y en a une. C’est quelque chose qui me semblait logique.

À 29 ans, vous estimez donc que cette aventure reste encore envisageable?
Bien sûr. Je pense que j’ai encore de belles années devant moi. Pour le moment, toute mon énergie est tournée vers Fribourg, mais si une opportunité se présente un jour, je l’étudierai avec attention.

Vous êtes originaire de Dunkerque. Il y a pourtant une vraie culture du hockey!
Oui, même si ce n’est pas le plus grand club de France, il existe une véritable ferveur populaire. La ville vit au rythme de son célèbre carnaval et cette identité se retrouve aussi à la patinoire. Pendant les matches, un orchestre joue les airs traditionnels du carnaval, ce qui crée une ambiance vraiment unique. La patinoire est presque toujours pleine et les supporters sont très attachés à leur équipe.

À vos débuts, vous avez évolué avec les garçons. Avez-vous vu le hockey féminin progresser en France?
Oui, même si cela avance encore trop lentement. Quand j’ai commencé, il n’y avait tout simplement pas d’équipe féminine à Dunkerque. J’ai effectué tout mon hockey junior avec les garçons. Depuis quelques années, une équipe féminine a été créée et plusieurs clubs français suivent le même chemin. C’est une évolution positive. En revanche, le niveau général reste encore insuffisant. Aujourd’hui, la plupart des internationales françaises évoluent à l’étranger pour continuer à progresser. Cela montre qu’il reste encore beaucoup de travail avant de disposer d’un championnat pleinement professionnel.

L’équipe de France – qui a participé au dernier tournoi olympique – joue donc un rôle essentiel dans le développement du hockey féminin?
Oui, c’est probablement notre meilleure vitrine. Chaque fois que nous organisons un tournoi international en France, on constate un véritable engouement dans la ville qui accueille la compétition. Les personnes qui viennent découvrir le hockey féminin repartent généralement séduites. Le problème, c’est que nous ne sommes pas encore assez visibles médiatiquement. Il faut continuer à montrer que le hockey féminin existe et mérite davantage d’attention.

Vous avez découvert l’équipe de France très jeune.
J’ai été sélectionnée en équipe A à 16 ans. C’était évidemment très précoce, mais aussi une expérience extraordinaire.

Les joueuses françaises sont de plus en plus nombreuses à évoluer à l’étranger…
Pendant longtemps, il était difficile pour une Française de convaincre un club étranger. La France n’était pas vraiment identifiée comme un pays de hockey et nous devions souvent faire davantage nos preuves. Des joueuses avant nous ont ouvert la voie et nous essayons aujourd’hui de poursuivre ce travail. Chaque Française qui réussit dans un championnat étranger contribue à changer le regard porté sur notre hockey et peut donner envie à d’autres clubs de faire confiance aux joueuses françaises.

«J’aime porter le palet»

Après plusieurs saisons à Berne, quelles sont vos premières impressions de Fribourg-Gottéron Ladies?
Je n’ai pas encore eu l’occasion de partager la glace avec mes nouvelles coéquipières, mais j’ai déjà rencontré les dirigeants et découvert le fonctionnement du club. Ce qui m’a frappée, c’est l’intégration de l’équipe féminine au sein de l’organisation. J’ai le sentiment que Fribourg est aujourd’hui un peu plus avancé que Berne dans ce domaine. Les infrastructures sont de grande qualité. Les joueuses disposent d’un véritable vestiaire, notamment grâce aux aménagements réalisés pour le Championnat du monde, et nous avons accès à la même salle de musculation que les hommes. À Berne, les conditions étaient plus modestes. Ce sont des détails qui montrent que le club investit réellement dans son équipe féminine.

On parle aussi de votre intelligence de jeu?
C’est toujours agréable d’entendre ce genre de compliment. Si les gens ont cette image de moi, c’est sans doute parce que j’essaie de prendre les bonnes décisions et d’aider mes coéquipières à être meilleures sur la glace. J’aime porter le palet, provoquer mes adversaires et imposer beaucoup d’intensité.

Vous avez déjà une idée de l’effectif qui vous attend ?
J’ai suivi les mouvements durant l’été. Nous avons une équipe relativement jeune, mais cela ne me paraît pas être un problème. Au contraire, cette jeunesse peut apporter beaucoup d’énergie et d’enthousiasme.

L’objectif?
Continuer à progresser, aider Fribourg à franchir un nouveau palier et tout faire pour jouer les premiers rôles. Quand je viens dans une équipe, c’est toujours pour gagner le championnat, même si je suis consciente que Zoug a encore une tête d’avance…

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