Il y a les blessures qui se voient. Et puis il y a celles qui imposent le silence. Pour Romain Loeffel, le printemps 2025 va ouvrir l’une des périodes les plus difficiles de sa carrière. Le défenseur du CP Berne vient de terminer une série de quarts de finale contre Fribourg-Gottéron. Après un contact lors du dernier match de la série, des maux de tête apparaissent. Dans un premier temps, Loeffel pense pouvoir continuer normalement. Il se trompe. La commotion cérébrale va l’éloigner de la glace pendant sept mois. Une période suffisamment longue pour remettre en question non seulement une saison, mais aussi la suite de sa carrière.
Le calendrier est cruel. Après la série contre Fribourg, Loeffel rejoint malgré tout la préparation de l’équipe de Suisse en vue du Championnat du monde 2025. Il pense alors que les symptômes ne sont peut-être pas suffisamment graves pour l’empêcher de jouer. Très rapidement, la réalité le rattrape. Les maux de tête persistent. Les stimuli visuels deviennent difficiles à supporter. Le défenseur doit renoncer à poursuivre la préparation et ne participe finalement pas au Mondial au Danemark. Pour un joueur qui avait disputé les Mondiaux 2015, 2017, 2019, 2021, 2023 et 2024, cette absence représente davantage qu’un tournoi manqué. Loeffel avait terminé le Mondial 2024 avec une médaille d’argent autour du cou. Un an plus tard, il regarde ses coéquipiers depuis l’extérieur. Et cette fois, le problème n’est pas tactique. Il ne s’agit pas d’une décision d’entraîneur ou d’une concurrence à son poste. Il ne peut tout simplement pas jouer.
Sept mois dans le doute
Au départ, Loeffel imagine une absence de quelques semaines. Les semaines deviennent des mois. Les symptômes persistent et les rendez-vous médicaux se multiplient. Dans son témoignage livré à la SRF en décembre 2025, il explique que la situation a fini par susciter des interrogations beaucoup plus profondes, jusqu’à la possibilité de devoir mettre un terme à sa carrière. C’est probablement le moment le plus important de cet épisode. Car pour la première fois depuis ses débuts professionnels, Romain Loeffel ne peut plus répondre à une difficulté par le hockey. Il ne peut pas patiner davantage. Il ne peut pas travailler son tir. Il ne peut pas gagner une place dans l’alignement. Il doit attendre. Et accepter que la récupération prenne le temps nécessaire. «J’ai une famille et aussi une vie à côté du hockey», expliquera-t-il à la SRF. Il veut être certain de pouvoir revenir dans de bonnes conditions avant de reprendre. À 34 ans, avec déjà plus de 800 matches de National League derrière lui, Loeffel n’a plus rien à prouver en termes de longévité.
Mais il doit désormais répondre à une question beaucoup plus personnelle: son corps lui permettra-t-il de continuer?
Pendant que ses coéquipiers préparent la saison, Loeffel travaille autrement. Il reste éloigné des matches, mais poursuit sa préparation physique et multiplie les démarches pour retrouver progressivement ses sensations. Le retour à la glace se fait par étapes. Le temps passe. Et puis, enfin, la lumière apparaît. Fin octobre 2025, après environ sept mois d’absence, Romain Loeffel retrouve le maillot du SC Bern. Le 24 octobre, contre Lugano, il effectue son retour officiel en National League. Le SCB s’incline 1-4, mais le résultat devient presque secondaire: Loeffel est de nouveau dans un vestiaire et sur une glace de National League. Il joue 19’39 » pour son retour, dont 1’48 » en supériorité numérique. Quelques jours plus tard, le défenseur va vivre une soirée encore plus forte. À Bienne, le 31 octobre, Berne s’impose aux tirs au but. Loeffel inscrit un but, marque encore dans la séance de tirs au but et participe activement au spectaculaire retour bernois. Il reçoit le titre d’homme du match.
Après la rencontre, l’émotion est palpable. Il parle surtout du bonheur d’être revenu: «Je suis content d’être de nouveau sur la glace, de nouveau dans un vestiaire avec les gars, de faire ce que j’aime.»
Revenir, puis recommencer
Le retour n’efface pas les mois précédents. Loeffel doit retrouver le rythme, l’énergie et les sensations. Après une aussi longue interruption, le passage immédiat de zéro à cent pour cent est difficile. En décembre, il explique que l’énergie lui manque encore parfois, mais qu’il se sent progressivement mieux. Et malgré tout, il recommence à produire. À la mi-décembre, après seulement quelques semaines de compétition, il compte déjà 12 points en 15 matches de National League. Il retrouve également l’équipe nationale. En décembre 2025, il participe à l’Euro Hockey Tour à Zurich. Il sait que la concurrence est forte et que sa place pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina n’est absolument pas garantie. Mais le simple fait de pouvoir à nouveau se battre pour une sélection représente déjà une forme de victoire.
Il ne sera finalement pas retenu pour les Jeux olympiques 2026. Mais le véritable enjeu de cette période est ailleurs. Romain Loeffel vient de traverser ce que l’on pourrait considérer comme la première véritable menace existentielle de sa carrière sportive.
La saison 2025/26 restera pourtant compliquée pour Berne. Loeffel termine l’exercice avec 35 matches et 17 points, dont quatre buts et treize assists. À la fin de la saison, une nouvelle surprise arrive.
Alors qu’il avait prolongé son contrat avec Berne jusqu’en 2026/27 grâce à des objectifs atteints, Loeffel quitte finalement la capitale. Le 29 juin 2026, le SCB et Lausanne officialisent un échange: Connor Hughes rejoint Berne, tandis que Loeffel prend la direction du Lausanne Hockey Club, avec un contrat jusqu’au terme de la saison 2027/28. Un nouveau départ, à 35 ans, après 200 matches et 114 points avec Berne. Et c’est ici que le titre de notre série prend tout son sen: le deuxième souffle n’est plus une métaphore. Romain Loeffel vient de prouver qu’il pouvait revenir d’une période très compliquée. Mais il lui reste encore une dernière question à résoudre: après Fribourg, Genève, Lugano et Berne, que peut-il encore apporter à Lausanne?
(À suivre demain: Lausanne, le deuxième souffle)