Longtemps dominée par les techniciens nord-américains ou scandinaves, la National League voit progressivement émerger une nouvelle génération d’entraîneurs suisses. Lars Leuenberger mène Berne au titre en 2016 après avoir repris l’équipe en cours de saison. Patrick Fischer modernise la sélection nationale, privilégiant vitesse, créativité offensive et confiance envers les jeunes générations, conduisant la Suisse à plusieurs médailles mondiales. Jan Cadieux entre également dans l’histoire en offrant à Genève-Servette le premier titre national de son histoire en 2023 avant de conquérir la Ligue des champions la saison suivante.
L’observation des grands bâtisseurs révèle plusieurs caractéristiques communes. Ils possèdent tous une identité de jeu clairement identifiable. Arno Del Curto privilégiait le rythme et l’offensive, John Slettvoll la discipline collective, Mark Crawford la vitesse d’exécution, Dan Tangnes la maîtrise du palet, Bill Gilligan la rigueur tactique. Ils excellent également dans le développement des jeunes joueurs. Les plus grands entraîneurs ne se contentent jamais de gagner des matches: ils font progresser leurs effectifs saison après saison. Enfin, ils savent créer une véritable culture d’équipe. Dans le hockey moderne, où les effectifs évoluent constamment, cette identité constitue souvent la différence entre une bonne équipe et une dynastie.
Depuis 1980, le hockey suisse a considérablement évolué. Il est passé d’un championnat encore très régional à l’une des ligues les plus compétitives d’Europe. Cette transformation ne s’explique pas uniquement par l’amélioration des infrastructures ou l’arrivée de meilleurs joueurs étrangers. Elle est aussi le fruit d’entraîneurs visionnaires qui ont importé de nouvelles idées, fait évoluer les méthodes d’entraînement et professionnalisé leur métier. Au sommet de cette hiérarchie demeure Del Curto, figure emblématique d’une génération de bâtisseurs. Mais derrière lui, Slettvoll, Gilligan, Huras, Crawford, Tangnes, McSorley ou encore les nouveaux coaches suisses ont chacun écrit un chapitre essentiel de l’histoire du hockey helvétique.
Le hockey suisse a souvent célébré ses buteurs, ses gardiens ou ses dirigeants. Pourtant, derrière chaque grande équipe se cache presque toujours un entraîneur capable d’imposer une philosophie, de développer des talents et de bâtir une culture de la victoire. Depuis le début des années 1980, plusieurs techniciens, suisses comme étrangers, ont profondément marqué la National League. Certains par leur palmarès, d’autres par leur influence tactique ou leur capacité à transformer durablement un club. Si un nom domine incontestablement cette période, plusieurs autres méritent également leur place dans le panthéon du hockey helvétique.
Arno Del Curto, l’architecte absolu
Aucun entraîneur n’a laissé une empreinte comparable à celle d’Arno Del Curto. Arrivé au HC Davos en 1996, le Grison a dirigé le club durant vingt-deux saisons, une longévité quasiment unique dans le hockey moderne. Sous son impulsion, Davos a retrouvé sa grandeur avec six titres de champion suisse (2002, 2005, 2007, 2009, 2011 et 2015) et cinq Coupes Spengler. Au-delà des trophées, Del Curto a révolutionné la manière de jouer en Suisse. Son hockey reposait sur un rythme extrêmement élevé, une relance rapide, une transition offensive permanente et une confiance totale accordée aux jeunes joueurs. L’ancien entraîneur de Michel Riesen, Jonas Hiller ou encore Reto von Arx n’hésitait jamais à lancer un junior dans le grand bain. Cette philosophie a largement inspiré une nouvelle génération de coaches suisses. Pour Del Curto, le hockey était une symphonie qui exigeait la perfection.
John Slettvoll, le père du Lugano moderne
Avant l’ère Del Curto, le Suédois John Slettvoll fut probablement le premier grand bâtisseur étranger du hockey suisse moderne. À Lugano, il introduisit dès les années 1980 une rigueur scandinave encore peu répandue dans le championnat. Défense structurée, sorties de zone parfaitement organisées, responsabilité individuelle: les Bianconeri devinrent une référence nationale. Avec quatre titres de champion, il transforma Lugano en véritable puissance et ouvrit la voie à l’arrivée massive d’entraîneurs nordiques en Suisse. «Il Grande Lugano» restera à jamais une référence en Helvétie.
Larry Huras, l’homme des miracles
Peu d’entraîneurs peuvent se vanter d’avoir remporté le championnat avec trois clubs différents. Larry Huras l’a fait avec Lugano, Berne puis Zurich, démontrant une extraordinaire capacité d’adaptation. Contrairement à certains techniciens très dogmatiques, Huras savait construire son système autour des qualités de son effectif. Il excellait particulièrement dans les ajustements durant les séries éliminatoires, où ses équipes progressaient souvent au fil des matches. Son calme Relatif) derrière le banc contrastait avec son immense exigence quotidienne. Mais le bonhomme pouvait aussi êtrPatrick Fischer
Dan Tangnes
Mark Crawford
e théâtral. Et puis, on n’oubliera pas non plus ses années de consultant télé qui ont pu asseoir sa réputation de joyeux drille… quand il pouvait se le permettre.
Bill Gilligan, le maître de Berne
Lorsque Bill Gilligan débarque au SC Bern au milieu des années 1990, le club possède déjà une immense tradition populaire. L’Américain lui offre une identité de champion. Sous sa direction, Berne remporte trois titres nationaux et devient l’une des équipes les plus difficiles à affronter. Gilligan privilégie une discipline tactique irréprochable, un forecheck agressif et une gestion psychologique remarquable de son vestiaire. Beaucoup considèrent encore aujourd’hui qu’il a posé les bases du Berne moderne. Sa disparition a fortement marqué le milieu.
Marc Crawford, la culture NHL
Champion de la Coupe Stanley avec l’Avalanche du Colorado en 1996, Marc Crawford apporte une dimension internationale lorsqu’il rejoint les ZSC Lions. L’ancien entraîneur de Vancouver, Dallas, Los Angeles ou Ottawa implante une approche très nord-américaine: vitesse d’exécution, intensité permanente, utilisation sophistiquée de la vidéo et individualisation du travail. Sous sa direction, Zurich retrouve les sommets nationaux tout en devenant une référence européenne, avec notamment plusieurs titres de champion de Suisse et un sacre en Ligue des champions.
Chris McSorley, l’homme qui a changé Genève
Aucun entraîneur n’a autant incarné un club que Chris McSorley avec Genève-Servette. Même si le Canadien n’a jamais remporté le championnat comme entraîneur principal, son influence est immense. Et ses coups de gueule sont rentrés dans l’Histoire. Arrivé en 2001, il transforme un club instable en candidat permanent aux playoffs, installe une véritable culture professionnelle et attire de nombreux joueurs de premier plan. Ses équipes pratiquent un hockey physique, très intense, souvent difficile à affronter sur une longue série. Les deux Coupes Spengler remportées sous son mandat symbolisent également l’ascension du GSHC sur la scène européenne.
Dan Tangnes, la révolution zougoise
Lorsque Dan Tangnes prend les commandes d’EV Zug en 2018, le club possède déjà de solides infrastructures mais peine encore à convertir son potentiel en titres. Le Norvégien transforme progressivement l’organisation. Inspiré des méthodes scandinaves, il privilégie une possession de palet élevée, un pressing intelligent et un jeu très structuré sans sacrifier la créativité offensive. Les titres de 2021 et 2022 récompensent un travail de fond qui fait aujourd’hui encore référence dans le développement des joueurs et la continuité du projet sportif.





















































