Un nouveau patron, une nouvelle philosophie et un chantier qui dépasse largement les limites de la glace. Depuis qu’il a pris les commandes du SC Bern, Jürg Fuhrer s’attaque à une mission particulièrement délicate : faire évoluer une institution sans effacer ce qui fait son identité. Succéder à Marc Lüthi, resté 28 ans à la tête du club, aurait pu pousser le nouveau CEO à marcher dans les traces de son prédécesseur. Il n’en sera rien. « Je n’ai pas besoin d’être une copie », affirme Fuhrer à la Berner Zeitung, qui revendique une manière de diriger différente. Les deux hommes continuent néanmoins d’échanger. Le nouveau dirigeant n’hésite pas à demander conseil à Lüthi lorsqu’une situation l’exige. Avec une précision pleine d’humour : « Ce n’est pas parce que je lui demande ce qu’il ferait que je vais forcément faire pareil. »
Le changement de direction a déjà produit ses effets. Plusieurs collaborateurs historiques ont quitté le club et l’organisation a été profondément remaniée. Sur la glace aussi, les décisions ont été parfois difficiles. Les départs de Ramon Untersander et Joël Vermin, pourtant encore sous contrat, symbolisent cette volonté de tourner la page. Berne veut construire un groupe différent, davantage tourné vers l’avenir. Et surtout, le nouveau CEO veut rompre avec une certaine culture de l’urgence.
Le choix de Serge Aubin s’inscrit directement dans cette logique. Le technicien canadien doit remettre de la stabilité sur le banc bernois tout en donnant davantage de responsabilités aux jeunes. Fuhrer a longuement échangé avec lui sur le sujet. L’expérience d’Aubin à Berlin, où il a régulièrement intégré des jeunes joueurs, a pesé dans la décision. Le SCB veut développer ses talents, mais ceux-ci devront répondre aux exigences de la performance. Le secteur formation a ainsi été largement renforcé, notamment autour des équipes U21 et U18. L’encadrement, le nombre d’entraîneurs et la préparation physique ont été revus. Les résultats de ce travail ne sont pas attendus demain matin. Le club vise plutôt le moyen terme.
« Nous voulons des joueurs avec du cœur »
Le SCB ne compte pas non plus résoudre ses problèmes uniquement en ouvrant davantage son portefeuille. « L’argent seul ne permet pas de gagner des titres », martèle Fuhrer. La priorité sera donc donnée à des joueurs capables d’adhérer au projet et à l’identité du club. Une évolution importante pour une organisation qui doit désormais convaincre les meilleurs éléments que Berne constitue à nouveau une destination attractive. Le problème est que le SCB accuse un retard dans plusieurs domaines, notamment celui des infrastructures. Et les joueurs le font savoir au moment de négocier un éventuel futur contrat. Fuhrer cite notamment Vinzenz Rohrer, avec lequel le SCB a discuté avant que l’attaquant ne choisisse finalement l’EV Zug.
La future patinoire reste ainsi l’un des grands points d’interrogation. Les discussions se poursuivent en coulisses, mais Fuhrer reste extrêmement prudent. Le SCB est locataire de la Bern Arena Stadion AG, elle-même liée à Swiss Prime Site. Autant dire que les décisions ne dépendent pas uniquement du club. Rénovation de l’actuelle enceinte ou construction d’une nouvelle arena? Pour redevenir une destination privilégiée de la National League, Berne doit aussi moderniser son environnement.Car le chantier concerne également l’expérience proposée au public. Le club veut améliorer la restauration, réduire les temps d’attente et revoir certains aspects de l’animation durant les matches. L’objectif est notamment de séduire une génération plus jeune.
Patience! C’est finalement le mot qui revient le plus souvent dans le discours du nouveau CEO. Après près de trois décennies sous Marc Lüthi, Berne ne changera pas de visage en quelques mois. Fuhrer le sait et refuse de promettre une transformation instantanée. Son premier objectif est beaucoup plus concret : retrouver une équipe dont les supporters puissent être fiers.
Le classement sera évidemment scruté. Les résultats aussi. Mais à Berne, une autre bataille est déjà engagée: celle de la reconstruction.

