NHL – Philipp Kurashev, aujourd’hui sans emploi, vaut-il vraiment 3,5 millions de dollars annuels?

NHL – Philipp Kurashev, aujourd’hui sans emploi, vaut-il vraiment 3,5 millions de dollars annuels?

Philipp Kurashev (SJS) - Photo: Cap/San Jose Hockey Now/IA

Philipp Kurashev serait actuellement en discussion avec plusieurs formations de NHL, dont les Edmonton Oilers. Mais la question est désormais moins de savoir si le Suisse retrouvera un contrat en NHL que de déterminer à quel prix. Et surtout: les 3,5 millions de dollars annuels auxquels il prétend correspondent-ils réellement à sa valeur actuelle? À 26 ans, Kurashev arrive à un moment déterminant de sa carrière. Le Suisse possède désormais un bagage conséquent en NHL, avec 360 matches disputés et plus de 150 points inscrits. Mais son dossier est particulièrement difficile à évaluer. Car en l’espace de deux saisons, il est passé du statut de possible attaquant de premier plan à Chicago à celui d’un joueur qui doit encore convaincre qu’il peut retrouver ce niveau sur la durée. Et c’est précisément là que se situe tout le débat autour de sa valeur.

Si Kurashev et son entourage peuvent avancer un chiffre dans une négociation, c’est évidemment celui de la saison 2023/24. Avec les Chicago Blackhawks, le Bernois avait inscrit 18 buts et 36 assists, pour 54 points en 75 matches. Il avait alors tourné à 19 minutes et une seconde de temps de jeu moyen par rencontre, devenant le deuxième attaquant le plus utilisé de son équipe derrière Connor Bedard. Cette saison-là avait profondément modifié la perception du joueur outre-Atlantique. Kurashev n’était plus simplement un attaquant habile capable de dépanner dans différents rôles. Il était devenu un joueur offensif crédible, capable de suivre le rythme d’un centre de premier plan et, surtout, de développer une véritable complémentarité avec Bedard.

Les observateurs de Chicago avaient alors particulièrement souligné sa polyvalence. Centre de formation, capable de jouer sur l’aile, rapide, intelligent dans ses déplacements et doté d’une excellente lecture offensive, Kurashev représentait un profil extrêmement intéressant dans une NHL où les attaquants capables d’occuper plusieurs positions possèdent une valeur importante. Son association avec Bedard avait cependant soulevé une question essentielle: Kurashev était-il devenu un joueur de 50 points ou avait-il simplement trouvé le contexte idéal pour produire une saison exceptionnelle? Deux ans plus tard, la réponse n’est toujours pas totalement claire.

Le problème: 54 points, puis une chute brutale

Après cette campagne de référence, la courbe de Kurashev a fortement chuté. En 2024/25, toujours à Chicago, il n’a inscrit que 14 points en 51 matches. Son temps de glace est tombé à moins de 14 minutes par rencontre et son influence offensive s’est considérablement réduite. Son rôle est devenu instable et les analyses américaines consacrées à sa saison ont notamment relevé à quel point sa production dépendait de son utilisation. Une donnée résume assez bien cette problématique: lors de sa saison à 54 points, l’immense majorité de sa production était intervenue lorsqu’il bénéficiait d’un temps de jeu supérieur à 17 minutes.

Autrement dit, Kurashev a démontré qu’il pouvait produire lorsqu’un entraîneur lui confiait un rôle offensif conséquent. Mais il n’a pas encore démontré avec la même régularité qu’il pouvait conserver cette efficacité en étant utilisé comme un attaquant de complément. Et c’est un élément fondamental pour une équipe qui envisagerait de lui offrir 3,5 millions de dollars. Car à ce niveau salarial, un joueur ne peut plus être payé uniquement pour ce qu’il pourrait redevenir. Il doit être capable d’occuper un rôle clairement identifié dans un effectif compétitif.

Après son départ de Chicago, Kurashev avait signé un contrat d’une saison à 1,2 million de dollars avec les San Jose Sharks. Son exercice 2025/26 a été plus discret que son année de référence, mais nettement plus intéressant que la précédente. En 43 matches, il a totalisé 20 points, avec sept buts et 13 assists, pour un temps de glace moyen d’environ 15 minutes et demie. Sur une projection de 82 matches, cela correspondrait à une production proche de 38 points. Le chiffre est important, car il place probablement Kurashev dans la catégorie des joueurs de 35 à 40 points plutôt que dans celle des attaquants établis à 50 ou 60 points. Et c’est là que son prix demandé commence à poser question. Une équipe qui lui offrirait 3,5 millions de dollars ne paierait pas nécessairement sa production actuelle. Elle paierait en partie la possibilité d’un retour au niveau de 2023/24. Le contrat deviendrait donc un pari.

Tout n’est toutefois pas négatif dans le dossier Kurashev. Certaines évaluations analytiques nord-américaines continuent de lui attribuer un profil intéressant. Les données compilées autour de son jeu soulignent notamment sa capacité de passe et son potentiel offensif, tout en lui accordant une évaluation relativement correcte dans les aspects défensifs. Son principal atout reste son intelligence avec le puck. Kurashev n’est pas un attaquant qui construit sa valeur par son physique, son jeu de contact ou son volume de tirs. Son jeu repose davantage sur la vitesse, les transitions, les déplacements sans puck et la capacité à trouver rapidement un partenaire démarqué. C’est précisément le type de profil qui peut fonctionner dans un environnement offensif de haut niveau. Et c’est pour cette raison que le lien avec Edmonton mérite d’être pris au sérieux.

3,5 millions: le prix d’un top-6, pas d’une expérience

Sur le papier, les Oilers pourraient représenter un environnement particulièrement favorable à Kurashev. Le Suisse ne serait pas chargé de porter l’attaque d’une équipe en reconstruction. Il évoluerait au sein d’un effectif où Connor McDavid et Leon Draisaitl attirent une quantité considérable d’attention défensive et créent constamment des situations favorables pour leurs partenaires. Pour un joueur comme Kurashev, qui excelle davantage dans le jeu combiné que dans la création individuelle de tirs, le contexte pourrait être idéal. Le parallèle avec Chicago est intéressant. Sa meilleure saison avait été réalisée aux côtés de Bedard, un joueur capable de monopoliser les défenses et de créer des espaces. Kurashev avait alors parfaitement su exploiter les zones libérées, en devenant un partenaire de jeu efficace et intelligent. À Edmonton, il pourrait retrouver une situation comparable. Mais Edmonton doit justement se demander si ce potentiel vaut 3,5 millions.

C’est probablement ici que se situe la conclusion la plus importante. À 3,5 millions de dollars par saison, Kurashev ne serait plus considéré comme une signature à faible risque. Il deviendrait un investissement significatif dans la profondeur offensive d’une équipe. Ce montant peut être justifié pour un attaquant de top-6 capable d’inscrire régulièrement entre 45 et 55 points, de jouer sur l’une des deux premières unités de powerplay et d’apporter une certaine polyvalence. Mais Kurashev n’a produit à ce niveau qu’une seule fois. Sur ses six saisons de NHL, sa campagne 2023/24 demeure une nette exception statistique.

Si l’on analyse froidement son parcours, son âge et son potentiel, Kurashev reste un joueur intéressant. À 26 ans, il se trouve encore dans une période où une progression supplémentaire reste possible. Mais son manque de régularité limite sa valeur.

Pour une équipe comme Edmonton, un contrat autour de 2 à 2,5 millions de dollars annuels représenterait un pari beaucoup plus cohérent. À ce prix, les Oilers achèteraient un joueur polyvalent capable de retrouver un niveau de production de 40 à 50 points. À 3,5 millions, en revanche, le raisonnement change. Edmonton ne paierait plus le Kurashev actuel. Edmonton paierait celui de la saison 2023/24. Et c’est une nuance considérable. Et dans une équipe construite pour gagner immédiatement, chaque million dépensé doit produire un rendement immédiat.

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