Le printemps dernier a définitivement changé Fribourg-Gottéron. Après des décennies à courir après ce premier titre national, les Dragons l’ont enfin décroché au terme d’une finale mémorable face à Davos. Mais une nouvelle réalité les attend désormais : celle d’une équipe que tout le monde veut faire tomber. Fribourg a vécu avec l’étiquette de l’éternel outsider. C’est terminé. Le club est désormais champion de Suisse. Et cette nouvelle couronne entraîne forcément un changement de perspective. Les adversaires ne regarderont plus Gottéron de la même manière. Les matches contre les Dragons auront une saveur particulière. La pression, elle aussi, sera différente. Un titre peut libérer mais il change aussi les attentes.
La saison passée, son nom était sur toutes les bouches. Il l’est à nouveau cette saison, mais pour une autre raison: il a ris sa retraite et représentait au mieux les Dragons. Il portait le numéro 86.
Julien Sprunger a tiré sa révérence après une fin de carrière idéale, avec ce titre que Fribourg attendait depuis toujours. Son départ laisse évidemment un vide immense dans le vestiaire. Mais les Dragons doivent désormais avancer sans leur capitaine emblématique. Ils devront également composer sans Reto Berra, parti à Kloten, Lucas Wallmark, retourné en Suède, et Attilio Biasca, qui tente sa chance en NHL avec Boston. Le mercato fribourgeois a pourtant été particulièrement mesuré. Trois arrivées seulement : Ludovic Waeber, Jonas Taibel et Anthony Richard. Gottéron ne repart pas de zéro. Roger Rönnberg mise avant tout sur un groupe qui vient de prouver qu’il pouvait gagner.
Waeber face à l’héritage de Berra
La succession de Reto Berra constitue malgré tout l’un des grands dossiers de la saison. La grande peur des fans fribourgeois? Ces derniers n’ont pas été très tendres ces derniers jours avec leurs portiers du contingent 2026/27. Berra a joué un rôle majeur dans le sacre historique. Ludovic Waeber arrive donc avec une pression particulière. À 30 ans, après des passages par Zurich, en AHL et Kloten, le gardien formé à Fribourg retrouve son club avec l’ambition de franchir un nouveau cap. Et il ne sera pas seul. Loïc Galley, 24 ans, a disputé 17 matches la saison dernière et entend bien avoir son mot à dire. Rönnberg dispose de deux gardiens capables d’assumer des responsabilités. La succession de Berra pourrait donc se transformer en véritable partage du temps de jeu, avec un troisième larron dont le potentiel est énorme en couverture: Elijah Neuenschwander.
La défensive, c’est probablement l’un des secteurs où les Dragons abordent la saison avec le plus de sérénité. Michael Kapla et Patrik Nemeth forment une base solide. Benoît Jecker et Yannick Rathgeb apportent leur expérience, tandis qu’Andrea Glauser doit reprendre une place centrale après sa blessure. Quand? Mystère. Et le retour du nouveau capitaine est particulièrement attendu. Glauser apporte de la fiabilité dans tous les secteurs, du leadership et une présence importante dans le vestiaire. Ludvig Johnson représente, lui, l’une des belles promesses du groupe, même s’il a été très irrégulier la saison passée après une entame de championnat mémorable. À 20 ans et après une saison à 14 points, le défenseur repêché par Utah en 2025 pourrait encore franchir un palier. Gottéron possède donc une défense expérimentée, complémentaire et déjà rodée.
Richard, la bonne surprise?
C’est probablement devant que se trouve la principale interrogation. Anthony Richard débarque avec 40 matches de NHL et une solide expérience de la AHL. La saison dernière, le Québécois a inscrit 45 points en 66 rencontres avec Lehigh Valley. Mais ses performances en Amérique du Nord ne permettent pas encore de savoir quel impact il aura en National League. Le Canadien doit compenser une partie de la production perdue avec les départs de Sprunger et Lukas Wallmark. Ses prestations lors de la préparation ont permis de constater qu’il pouvait en mposer devant les filets adverses. Richard est sans doute un pari, nous le donnons gagnant. Et puis, il y a Jonas Taibel qui représente un autre pari, davantage tourné vers l’avenir. À 22 ans, l’attaquant arrive de Rapperswil avec l’opportunité de s’installer durablement dans un effectif champion.
On le voit, Fribourg n’a pas recruté à tour de bras. C’est donc aux joueurs déjà présents de prendre davantage de responsabilités. Sandro Schmid a justement effectué son retour au jeu en Champions Hockey League après sa blessure du printemps. Son retour constitue une excellente nouvelle pour Rönnberg. Bertschy reste l’un des cadres offensifs. Et derrière lui, les jeunes doivent maintenant confirmer. Jan Dorthe possède notamment un profil intéressant avec son impact physique et ses qualités de patinage. D’autres jeunes ont déjà accumulé une première expérience en National League et cette saison en CHL (belle découverte que celle de Lucas Hedlund) et devraient bénéficier de la confiance du staff. Objectif du club: faire grandir sa relève au lieu de remplacer systématiquement ses départs par des joueurs confirmés.
Enfin, le champion pourra également compter sur ses deux Suédois Jacob de la Rose et Marcus Sörensen.
Fribourg a attendu si longtemps son premier titre que l’après-sacrе peut légitimement susciter quelques interrogations. Les Dragons devront retrouver la même intensité tout en gérant un statut complètement différent. Mais ils disposent désormais d’une chose qu’ils n’avaient jamais eue auparavant : la certitude de savoir comment gagner. Fribourg possède néanmoins une base suffisamment solide pour défendre son titre. Mais attention: les Dragons ne sont plus les outsiders. Ils sont devenus la cible!

