NATIONAL LEAGUE – Sakari Manninen (GSHC), peut-être le meilleur centre de National League

NATIONAL LEAGUE – Sakari Manninen (GSHC), peut-être le meilleur centre de National League

© PostFinance/KEYSTONE/Urs Flueeler

Il n’est ni le plus grand, ni le plus puissant, ni même celui qui affiche les statistiques les plus spectaculaires. Mais si l’on cherche le centre le plus complet de National League, Sakari Manninen mérite très sérieusement d’être placé tout en haut de la liste. À 34 ans, le Finlandais de Genève-Servette réunit une combinaison devenue rare: intelligence de jeu, vitesse, qualité de passe, capacité à jouer dans les deux sens et expérience des rendez-vous les plus exigeants. Il existe des joueurs dont la valeur apparaît immédiatement dans une feuille de statistiques. Et puis il y a ceux dont l’influence devient évidente lorsqu’on regarde attentivement le déroulement d’un match. Manninen appartient clairement à la deuxième catégorie.

Ses chiffres restent pourtant remarquables. Après 46 matches de National League en 2025/26, le centre finlandais a terminé avec 17 buts et 28 assists pour 45 points, soit pratiquement un point par rencontre. Il avait déjà atteint ce rendement la saison précédente, avec 50 points en 47 matches. En playoffs, il a encore ajouté sept assists en douze rencontres. Deux saisons consécutives à proximité du point par match ne constituent donc pas une anomalie statistique. Elles illustrent plutôt la régularité d’un joueur qui, depuis son arrivée aux Vernets, s’est installé parmi les références offensives du championnat.

Un centre pensé pour créer

Les recruteurs qui s’intéressent à Manninen ne commencent généralement pas par son gabarit. Avec ses quelque 1,79 m pour 81 kg, le Finlandais ne possède pas les mensurations d’un centre destiné à imposer physiquement son jeu. Son avantage se situe ailleurs. Manninen joue avant que les espaces ne s’ouvrent. C’est probablement la caractéristique la plus importante de son profil. Son intelligence spatiale lui permet d’identifier rapidement la solution disponible: une passe dans le dos du défenseur, une remise en retrait, une accélération dans l’axe ou un déplacement destiné à libérer une zone pour son ailier.

Le directeur sportif genevois Marc Gautschi avait d’ailleurs résumé le profil lors de son arrivée en 2023 en parlant d’un joueur «extrêmement dynamique», doté d’excellentes qualités de playmaker et d’un «hockey IQ» très élevé. Gautschi soulignait également que Manninen avait occupé le rôle de centre numéro un de la Finlande durant plusieurs années. Ce n’est pas un détail. Dans le hockey moderne, un centre de première ligne doit être capable de faire progresser le puck sous pression, de soutenir la sortie de zone, de transporter le jeu en zone neutre et de devenir immédiatement une menace lorsqu’il entre dans le territoire adverse. Manninen possède ces quatre dimensions.

La première impression que peut donner Manninen est celle d’un joueur très mobile. Mais réduire son patinage à sa vitesse serait une erreur.

Il utilise son patinage pour créer du temps. C’est ce qui distingue un patineur rapide d’un véritable joueur de transition. Manninen peut accélérer pour gagner un mètre, changer de direction pour faire bouger un défenseur ou simplement conserver une trajectoire qui oblige l’adversaire à reculer.

La fiche de Genève-Servette identifie d’ailleurs explicitement le patinage comme sa principale force, au point de le considérer comme l’élément qui lui permet d’exploiter au maximum son intelligence de jeu et de se créer des occasions. Le club souligne également son tir du poignet précis et sa capacité à évoluer au centre comme à l’aile. Son jeu repose sur les changements de rythme, les petits déplacements et la capacité à arriver dans les espaces libres plutôt que sur le duel physique. C’est aussi pour cela que son jeu reste efficace malgré son âge.

Le fameux « hockey IQ »

Le terme est parfois utilisé à tort et à travers. Dans le cas de Manninen, il correspond à quelque chose de très concret: il semble constamment savoir où le puck va arriver avant les autres. Il n’a pas besoin de multiplier les touches de puck pour influencer une séquence. Une réception orientée, une passe en première intention ou un déplacement sans puck peuvent suffire à désorganiser une structure défensive. C’est particulièrement visible lorsqu’il joue avec des partenaires capables de comprendre rapidement ses intentions. À Genève, son association avec Teemu Hartikainen en a fourni une démonstration spectaculaire. Les deux Finlandais avaient déjà évolué ensemble pendant trois saisons à Salavat Yulaev Oufa et avec l’équipe nationale. Hartikainen expliquait lui-même que leur connaissance mutuelle rendait les choses beaucoup plus simples et qu’ils pouvaient quasiment se trouver «les yeux fermés» sur la glace. Cette capacité à rendre ses partenaires meilleurs constitue probablement l’un des arguments les plus solides en faveur de Manninen comme candidat au titre officieux de meilleur centre de National League.

Le petit joueur qui joue grand

Il existe une contradiction intéressante dans son profil. Manninen est un joueur de petit gabarit, mais son jeu n’est pas petit. Il ne disparaît pas lorsque le niveau d’intensité augmente. Au contraire, son parcours international démontre qu’il a régulièrement été capable de produire contre les meilleures nations. Aux Jeux olympiques de Pékin, il a inscrit quatre buts et trois assists en six rencontres et a été sélectionné dans l’équipe d’étoiles du tournoi après avoir contribué à la médaille d’or finlandaise. Quelques mois plus tard, au championnat du monde 2022, il a encore terminé avec six buts et quatre assists en dix matches. Il avait déjà été élu dans l’équipe d’étoiles du Mondial 2022 et avait notamment marqué le but décisif en prolongation du match pour le titre. Ce sont des indicateurs intéressants pour un recruteur: Manninen ne dépend pas uniquement de la supériorité technique de son équipe pour produire. Il a démontré qu’il pouvait être performant dans des matches où chaque possession est disputée et où les espaces sont réduits.

Et défensivement?

C’est probablement ici que le débat devient particulièrement intéressant. Si Manninen n’était qu’un joueur offensif spectaculaire, il serait possible de le comparer à plusieurs autres étrangers de premier plan en National League. Mais son profil est plus complet. Genève-Servette le décrit comme un attaquant capable d’évoluer aussi bien en supériorité numérique qu’en box-play. Marc Gautschi insistait également, lors de sa prolongation, sur son apport «offensivement et défensivement» et le qualifiait de très bon attaquant à deux voies. Le hockey finlandais dans lequel Manninen a été formé valorise précisément cette capacité à ne pas sortir du système lorsque le puck change de camp. Il peut donc être utilisé dans différentes situations de match: pour construire une avance, pour la protéger, sur le power-play, en infériorité numérique, dans les dernières minutes ou en prolongation. C’est cette polyvalence qui augmente considérablement sa valeur réelle.

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