À 35 ans et après onze saisons sous le maillot du SC Bern, Ramon Untersander aurait pu sembler arrivé au terme d’un cycle. Le club de la capitale le pense. Genève-Servette y voit au contraire une opportunité. Et les Grenat pourraient bien avoir réalisé l’un des transferts les plus importants de leur été. Ses 12 points en 52 matches la saison dernière avec le SC Bern ne correspondent évidemment pas aux standards offensifs qu’il avait établis au cours de ses meilleures années. Entre 2021 et 2024, le défenseur suisse avait encore signé trois saisons successives à 30, 35 et 31 points, démontrant qu’il restait l’un des arrières les plus productifs du championnat. La dernière campagne a toutefois été beaucoup plus compliquée. Et à 35 ans, le temps a logiquement commencé à faire son œuvre. C’est précisément là que le pari du Genève-Servette devient particulièrement intéressant. Car les Grenat n’ont pas recruté Untersander pour lui demander de redevenir le défenseur dominant qu’il était au sommet de sa carrière. Ils l’ont engagé pour ce qu’il peut encore apporter à une équipe ambitieuse: une immense expérience, une excellente lecture du jeu, une qualité de première passe toujours présente et une capacité à gérer les moments où les matches se gagnent ou se perdent.
C’est peut-être la principale différence entre Berne et Genève. Durant ses dernières années dans la capitale, Untersander portait encore une responsabilité considérable. Il était devenu l’une des références du vestiaire, avait porté le « C » sur son maillot et restait régulièrement appelé à assumer des minutes importantes dans toutes les situations. À Genève, son rôle sera différent. Le GSHC possède une défense suffisamment profonde pour ne pas devoir lui demander de jouer 25 minutes tous les deux jours. Jan Rutta, Vili Saarijärvi, Simon Le Coultre, Roger Karrer ou encore Dave Sutter permettent à Sam Hallam de répartir les responsabilités. Dans ce contexte, Untersander pourrait retrouver une situation idéale. Moins de pression physique, une gestion plus rationnelle de son temps de jeu et la possibilité de se concentrer sur les domaines dans lesquels son expérience peut encore faire la différence: la relance, le positionnement, la gestion du puck et les situations spéciales. Car même lorsque les jambes ne permettent plus de dominer le championnat comme auparavant, le cerveau peut continuer à faire gagner des matches.
Pendant plusieurs saisons, Untersander a été l’un des défenseurs suisses les plus complets de National League. Capable de produire offensivement, de relancer proprement et de jouer un rôle majeur en powerplay, il a notamment inscrit 35 points en 50 rencontres en 2022/23 et 31 points en 52 matches lors de l’exercice suivant. Sa dernière saison à 12 points ne doit donc pas faire oublier le niveau qu’il a longtemps maintenu. La vraie question est est de savoir si Genève peut encore tirer le meilleur de ce qu’il reste de son hockey.
L’arrivée de Sam Hallam donne également une dimension supplémentaire à ce transfert. Le nouvel entraîneur genevois souhaite mettre en place un hockey structuré, basé sur la maîtrise du puck et la capacité à sortir proprement de sa zone. Des principes qui correspondent précisément aux qualités ayant fait la réputation d’Untersander. Le défenseur n’a jamais été un joueur de combat ou un vrai spécialiste de la destruction.
Berne a-t-il laissé partir son joueur une saison trop tôt ?
Il serait évidemment prématuré d’affirmer aujourd’hui que le SC Bern a commis une erreur. À 35 ans, Ramon Untersander n’est plus le joueur de ses meilleures saisons et sa dernière campagne a confirmé que son rendement offensif avait diminué. La décision bernoise de ne pas poursuivre l’aventure s’inscrit donc dans une volonté compréhensible de renouveler progressivement un effectif. Mais il existe un scénario dans lequel Berne pourrait rapidement regretter ce choix. Celui où Untersander retrouve à Genève un rôle plus adapté à son âge et à ses qualités actuelles. Celui où il n’est plus obligé de porter une défense sur ses épaules, mais devient l’un des éléments capables de stabiliser un groupe déjà profond. Celui, surtout, où son expérience accumulée au fil de plus de 600 matches de National League devient une arme dans les moments décisifs.
Le recrutement de Ramon Untersander ne sera probablement pas celui qui fera le plus parler de Genève-Servette. Les Grenat possèdent déjà des joueurs capables d’attirer davantage les projecteurs. Markus Granlund, Jesse Puljujärvi, Sakari Manninen ou Jimmy Vesey représentent une puissance offensive autrement spectaculaire. Mais ce sont rarement les recrutements les plus médiatiques qui déterminent seuls une saison. Genève voulait renforcer sa profondeur défensive après le départ de Tim Berni. Aucun joueur ne peut remplacer individuellement le profil de l’ancien Grenat, mais Untersander apporte quelque chose de différent: de la stabilité, du leadership et une connaissance presque unique des exigences nécessaires pour gagner en Suisse. Dans une équipe dont la moyenne d’âge est déjà élevée et qui ne cache pas ses ambitions immédiates, son arrivée a donc une véritable logique. Et si Sam Hallam parvient à trouver la bonne utilisation de son nouveau défenseur, Ramon Untersander pourrait bien devenir l’un de ces renforts dont on mesure réellement la valeur une fois arrivés les playoffs. Et si le défenseur retrouve aux Vernets un environnement lui permettant de jouer ses meilleures cartes sans devoir assumer toutes les responsabilités du passé, le SCB pourrait bien réaliser, un peu tard, qu’une saison supplémentaire n’aurait peut-être pas été de trop.

