AJOIE – Toujours sur le marché: mais qu’est-ce qui coince chez Killian Mottet?

AJOIE – Toujours sur le marché: mais qu’est-ce qui coince chez Killian Mottet?

Killian Mottet - Photo: Laurent Daspres

Longtemps considéré comme l’un des attaquants suisses les plus explosifs de National League, Killian Mottet n’est plus que l’ombre du joueur qui culminait à 48 points en 50 matches en 2020/21, avant d’enchaîner deux autres saisons à plus de 40 points. Aujourd’hui âgé de 35 ans, l’ailier sort d’un exercice partagé entre Fribourg-Gottéron et le HC Ajoie conclu avec seulement 20 points (10 buts, 10 assists) en 52 rencontres et un différentiel de -26, loin de ses standards habituels.

Pourtant, les recruteurs n’ont jamais remis en question ses qualités intrinsèques. Dans plusieurs rapports de dépistage, Mottet est décrit comme un ailier possédant un premier coup de patin explosif, une excellente accélération sur les trois premières enjambées, un centre de gravité très bas qui lui permet de changer de direction sans perdre de vitesse et une capacité naturelle à attaquer l’intérieur de la glace. Autrement dit, un joueur capable de créer de la séparation en un contre un plutôt que de s’appuyer sur sa puissance physique. C’est précisément là que le bât blesse aujourd’hui.

Les analystes vidéo canadiens utilisent fréquemment le terme de « transition winger » pour définir son profil. Mottet est performant lorsque son équipe récupère rapidement le palet et attaque avec de l’espace. Il excelle dans les séquences de transition où il peut recevoir le disque lancé, pénétrer la zone offensive avec de la vitesse et provoquer un défenseur en mouvement. En revanche, son efficacité chute nettement lorsque le jeu devient plus statique et qu’il doit évoluer dans un cycle offensif prolongé. Les statistiques confirment cette tendance. Lors de ses meilleures saisons à Fribourg, Gottéron figurait parmi les meilleures équipes de National League en sorties de zone contrôlées et en attaques rapides. Mottet profitait alors pleinement des qualités de relance de défenseurs comme Raphael Diaz, Ryan Gunderson ou Yannick Rathgeb, ainsi que de centres capables d’étirer les défenses adverses. Son pic offensif de 48 points n’avait rien d’un hasard: il évoluait dans un environnement tactique parfaitement adapté à ses qualités.

Son impact diminue avec le tempo

Depuis trois saisons, son rôle a progressivement changé. Les entraîneurs lui demandent davantage de travail le long des bandes, de présence devant le filet et de conservation du palet en zone offensive. Or, à 1,77 m pour 76 kg, Mottet n’a jamais été un ailier de puissance. Nous pensons qu’il gagne davantage de duels par son anticipation que par son engagement physique. Lorsque le jeu ralentit, son impact diminue naturellement. À cela s’ajoute une évolution physiologique. Les données recueillies en NHL montrent qu’à partir de 32-33 ans, la première qualité qui décline chez les petits attaquants rapides est précisément l’accélération. Quelques dixièmes de seconde suffisent pour transformer une échappée en simple entrée de zone contrôlée. Chez Mottet, cette perte de vitesse semble avoir réduit sa capacité à éliminer le premier défenseur, ce qui limite considérablement sa création offensive. Sa saison à Ajoie en 2025/26 illustre parfaitement cette problématique. Dans une équipe qui passait beaucoup de temps à défendre et qui générait relativement peu d’attaques en transition, Mottet s’est souvent retrouvé à devoir construire lui-même les actions. Résultat : dix buts, dix assists et un différentiel largement négatif, malgré un investissement irréprochable.

Faut-il en conclure que Killian Mottet est en fin de parcours ? Pas nécessairement. Les analystes s’accordent plutôt à dire qu’il n’est plus un joueur capable de porter une ligne offensive, mais qu’il peut encore devenir un excellent complément au sein d’un trio rapide. Utilisé avec un centre créatif, bénéficiant de nombreuses mises en jeu en zone offensive et préservé des missions défensives les plus exigeantes, il possède encore suffisamment de talent pour retrouver une production proche des 30 points. Le problème n’est donc probablement pas Mottet lui-même. C’est avant tout l’écart entre le joueur qu’il est devenu et le rôle que ses équipes continuent parfois à lui attribuer. Comme beaucoup d’ailiers explosifs arrivés à maturité, son hockey doit désormais évoluer. Toute la problématique d’un large trentenaire au profil qui nécessite aujourd’hui un contexte tactique parfaitement calibré pour exprimer ses dernières grandes qualités. Peut-être qu’aujourd’hui, ses prétentions salariales se révèlent aussi un peu trop élevées pour un joueur qui voitse rapprocher la fin de sa carrière? Pure spéculation. Mottet reste un joueur qui peut encore faire le bonheur de clubs de National League et assurément du HC Sierre qui semble fortement le courtiser…

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