SÉRIE D’ÉTÉ (1/6) – Quand la Belgique et les Pays-Bas ont osé casser les frontières

SÉRIE D’ÉTÉ (1/6) – Quand la Belgique et les Pays-Bas ont osé casser les frontières

Photo: Cap/BeNeLeague/YouTube/IA
Blankenberge (BEL)
Philippe Ducarroz

Pendant plus de dix ans, une ligue transfrontalière a permis au hockey belge et néerlandais de franchir un cap que leurs championnats nationaux ne pouvaient plus leur offrir. Née d’une idée jugée audacieuse, la BeNe League est progressivement devenue un véritable laboratoire du hockey européen avant de disparaître presque dans l’indifférence. Retour sur l’histoire d’un projet qui a profondément marqué le développement du hockey dans deux pays voisins où fleurait bon l’amateurisme….

Au début des années 2010, le constat est identique des deux côtés de la frontière. En Belgique comme aux Pays-Bas, les championnats nationaux peinent à maintenir un niveau suffisamment relevé. Les clubs capables de jouer les premiers rôles se comptent sur les doigts d’une main, les écarts se creusent entre les meilleures équipes et le reste du peloton, tandis que les jeunes talents les plus prometteurs choisissent souvent de poursuivre leur progression en Allemagne, en France ou dans d’autres ligues européennes plus compétitives. Les fédérations belge (RBIHF) et néerlandaise (NIJB) comprennent alors qu’il sera difficile de faire progresser leurs championnats en restant chacun dans leur coin. Une idée fait son chemin: réunir les meilleures formations des deux pays au sein d’une seule et même compétition. À cette époque, l’idée est inédite…

Après plusieurs années de réflexion, le projet prend forme lors de la saison 2015/16. La BeNe League voit officiellement le jour avec seize équipes engagées: six belges et dix néerlandaises. L’objectif n’est pas de faire disparaître les compétitions nationales, mais de créer un championnat commun qui devienne le plus haut niveau sportif des deux pays, tout en conservant les championnats et les coupes nationales. Dès ses premiers mois d’existence, la nouvelle ligue offre ce que les compétitions domestiques ne pouvaient plus proposer: des affiches internationales chaque weekend, de nouvelles rivalités et un niveau de jeu sensiblement supérieur. Les supporters découvrent des adversaires inconnus, les joueurs sont confrontés à des styles différents et les dirigeants espèrent attirer davantage d’intérêt autour de leur sport. Le niveau? On pourrait le comparer à la MyHockey Legue helvétique, le… patinage en moins.

Les Belges rivalisent avec leurs voisins

Très rapidement, l’expérience se révèle convaincante. Les clubs néerlandais bénéficient généralement d’un effectif plus profond grâce à une base de pratiquants plus importante, tandis que les formations belges compensent par une bonne formation locale et quelques étrangers d’expérience. Le premier champion de l’histoire est d’ailleurs belge: le HYC Herentals s’impose en 2016 face au hollandais HIJS Den Haag. Un succès hautement symbolique qui démontre immédiatement que les clubs belges sont capables de rivaliser avec leurs voisins. Les saisons suivantes confirment cette impression. Heerenveen Flyers s’installe parmi les références du championnat, les Bulldogs de Liège deviennent des prétendants réguliers au titre, tandis que Den Haag reste l’une des locomotives de la compétition. Contrairement à de nombreuses ligues européennes, aucune équipe ne parvient toutefois à écraser durablement la concurrence. L’équilibre sportif devient rapidement l’une des plus grandes forces de la BeNe League.

La jeune compétition comprend néanmoins qu’elle devra constamment s’adapter pour survivre. Au fil des saisons, plusieurs clubs quittent le championnat pour des raisons financières ou sportives, tandis que d’autres rejoignent l’aventure. Les organisateurs modifient régulièrement le format des playoffs, le calendrier et les critères de qualification afin de préserver l’intérêt sportif tout en limitant les coûts de déplacement. Cette souplesse permet à la ligue de poursuivre sa croissance, mais révèle aussi sa principale fragilité: avec un nombre relativement limité de participants, chaque départ d’un club pèse lourdement sur l’équilibre général de la compétition. Une faiblesse qui, quelques années plus tard, finira par peser sur son destin.

Au total, plus de 20 clubs ont pris part à la BeNe League, puis à la Central European Hockey League, au gré des arrivées, des retraits et des remplacements intervenus durant ses onze saisons d’existence. Six clubs ont inscrit leur nom au palmarès : HYC Herentals, Bulldogs de Liège, HIJS Hokij La Haye, Heerenveen Flyers et EHC Die Bären Neuwied ont chacun remporté deux titres, tandis que les Snackpoint Eaters Limburg ont été sacrés une fois. Ce palmarès illustre parfaitement l’équilibre sportif qui a longtemps fait la réputation de cette compétition transfrontalière.

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