Lorsque le CP Berne a officialisé l’arrivée de Sonny Milano, beaucoup de supporters ont immédiatement regardé son nombre de matches en NHL. Plus de 340 rencontres au plus haut niveau nord-américain, un statut d’ancien premier tour de draft et plusieurs saisons productives entre Columbus, Anaheim et Washington. Mais les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. Car Milano est avant tout un joueur qui divise les recruteurs depuis son adolescence. Certains ont toujours vu en lui un talent de premier plan capable de faire basculer un match sur une seule action. D’autres ont longtemps estimé que son jeu comportait trop de risques pour lui permettre de devenir une pièce maîtresse en NHL. Les deux camps ont probablement raison.
Depuis ses années au sein du programme national américain, Milano était considéré comme l’un des meilleurs manieurs de puck de sa génération. Les observateurs parlaient de «mains magiques», d’une créativité rare et d’une capacité exceptionnelle à éliminer un adversaire en un contre un. Son arsenal technique faisait de lui l’un des attaquants les plus spectaculaires de la cuvée 2014. La première qualité qui saute aux yeux lorsqu’on observe son jeu reste aujourd’hui sa manipulation du puck. Peu de joueurs sont capables de conserver autant de contrôle à pleine vitesse. Milano adore provoquer. Il cherche constamment à battre un défenseur, à attirer un deuxième joueur avant de libérer un coéquipier ou à créer un décalage qui n’existait pas quelques secondes auparavant.
Dans le hockey moderne, où de nombreuses équipes privilégient les systèmes rigoureux et les décisions simples, Milano appartient à une espèce plus rare: celle des créateurs instinctifs. Il joue davantage avec ses sensations qu’avec un manuel tactique. Son profil se rapproche davantage d’un ailier offensif européen que du power forward traditionnel nord-américain. Il aime transporter le puck, ralentir le jeu lorsque nécessaire et dicter le rythme d’une séquence offensive. Dans les entrées de zone, il privilégie presque toujours le contrôle plutôt que le dump-in. Cette capacité à entrer dans la zone adverse avec possession du disque constitue l’une de ses plus grandes forces. Techniquement, son niveau est probablement élite pour la National League. Son jeu de mains, ses changements de direction et sa capacité à protéger le puck dans les espaces restreints devraient rapidement lui permettre de créer des différences sur les grandes patinoires suisses.
Spectaculaire, mais…
Mais ce qui rend Milano fascinant est aussi ce qui a parfois freiné sa carrière. Pendant des années, les recruteurs NHL ont adoré son talent tout en s’interrogeant sur sa prise de décision. Lorsqu’il réussit ses gestes, il produit des actions que peu de joueurs sont capables d’imaginer. Lorsqu’il les manque, il expose son équipe à des pertes de puck dangereuses. Certains observateurs ont souvent résumé son hockey de manière simple: il tente parfois de transformer une situation ordinaire en action spectaculaire. Parfois cela donne un chef-d’œuvre. Parfois cela tourne au contre adverse. Cette dualité a accompagné toute sa carrière professionnelle. Les entraîneurs adorent son potentiel offensif mais doivent accepter une certaine part d’imprévisibilité. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles il n’a jamais réussi à s’installer durablement dans un rôle offensif majeur en NHL malgré un talent évident.
Défensivement, Milano n’a jamais été considéré comme un spécialiste. Son implication sans le puck a souvent été pointée du doigt durant ses années à Columbus et Anaheim. Son positionnement dans sa zone et sa constance dans le repli ont régulièrement suscité des critiques. Plusieurs analyses nord-américaines soulignent que son impact offensif devait compenser certaines lacunes défensives pour justifier sa présence dans l’alignement.
Pour autant, le portrait d’un joueur unidimensionnel serait injuste. Avec les années, Milano a gagné en maturité. Son passage à Washington a montré un joueur davantage impliqué collectivement et plus conscient des exigences du hockey professionnel. Son talent offensif est resté intact, mais son jeu est devenu moins chaotique qu’à ses débuts. Dans une ligue comme la National League, son profil pourrait d’ailleurs être encore plus valorisé qu’en NHL. Les espaces sont plus importants, le jeu davantage orienté vers la vitesse et la création offensive, et les attaquants techniques disposent souvent de davantage de temps pour exploiter leur vision du jeu.
Sur le plan tactique, on peut imaginer Milano évoluer dans un rôle de premier ou deuxième trio avec une forte utilisation en power-play. Sa vision, sa créativité et sa capacité à attirer les défenseurs devraient faire de lui une arme particulièrement dangereuse en supériorité numérique. C’est dans ces situations qu’il peut véritablement devenir le chef d’orchestre d’une attaque. Le directeur sportif bernois Martin Plüss l’a d’ailleurs décrit comme un ailier créatif capable d’apporter de nouvelles impulsions offensives au jeu du SCB. Une définition qui résume parfaitement le joueur. Au fond, Sonny Milano n’est pas un hockeyeur que l’on recrute pour sécuriser un match ou gagner des mises au jeu défensives en fin de rencontre. On le recrute pour créer. Pour inventer. Pour produire des séquences que les autres ne voient pas. Et si son adaptation se déroule comme prévu, les supporters bernois pourraient rapidement découvrir ce que les recruteurs américains répètent depuis plus de dix ans: même lorsque tout n’est pas parfait, très peu de joueurs possèdent son niveau de talent pur avec le puck.
(Source: Washington Capitals/YouTube)






















































