Les (C)adieux aux couronnes et leurs monnaies

Les (C)adieux aux couronnes et leurs monnaies

Illustration: PH
Chronique
Christoph Yavkin

La question doit être posée : comment prétendre à un couronnement «mondial» sans compter un seul but en trois participations consécutives à un jeu de finale, qui plus est à chaque fois se conclut sur un score très étroit. 0-1, 0-2, 0-1 : voilà donc la Suisse championne planétaire dans un domaine à la fois insolite et fâcheux, et malgré elle. Après l’Allemagne et la Suède, voici donc la Finale, un pays pourtant très accueillant, le territoire maudit des bras noueux. 

Comme d’(éxécrable) coutume, divers facteurs ne sont jamais pris en considération par les spécialistes, de babord comme de tribord, helvétiques, pas davantage après la compétition qu’avant celle-ci. Et on ne tient pour ainsi dire pas compte que l’équipe est incapable de tirer une épingle dans le jeu, certes amputée des éléments NHL mais ceci est valable pour tous les autres …) des Beijer Games. Un impact psychologique totalement négligé.

Ainsi la Finlande en finale, battue en phase de groupe et un jour après qu’elle ait, à la surprise déjà générale, disputé un match autrement astreignant, éteint le Phare de la Madeleine, n’allait constituer que le point culminant d’une conquête dont les rois mages de l’information ne savaient douter et le clamaient sans virgules ni réserves, à quelques poussières d’exception près.

Le plaisir inavoué de Patrick Fischer

La grande figure de l’issue de ce championnat du monde est Patrick Fischer, lequel peut se permettre de se montrer goguenard. Déjà que les commentaires ne prononçaient guère son nom et on peut carrément comme on dit ici, sauf une indiscrétion ici ou là, ignorer même s’il était présent ! Dans ce pays, on a la mémoire aussi courte que la taille de celui-ci. Pour le lucernois, cette désillusion a un goût très particulier, qu’il peut savourer sans mélange et sans mépris pour autant. Non pas qu’il ait été injustement «destitué» avant terme (puisque son successeur était désigné) mais bien parce que c’est à lui qu’appartenait d’extraire l’or en personne.

Mission gâchée sous une première mission confiée à Jean Canadieux.

Or (on se passera ici des autres métaux) et coïncidemment, ce qui est arrivé à la sélection nationale est arrivé simultanément ou presque et de concert, aux surpuissants cana-Dieux, éjectés des médailles par une formidable équipe de Norvège, totalement passée sous silence durant 20 jours. Et pour cause : parvenus en demies, les joueurs de Petter Thoresen, père d’un Patrick (Lugano & ZSC pour mémoire), y furent balayés 0:6 par des helvètes, à qui, naturellement, le titre ne pouvait plus échapper.

Norvège encore mieux que les lettons de 2023

Norvège, soit dit, alignant 7 (!) joueurs de 18 (!) à 21 ans (Solberg, Vesterheim, Kopperstad, Eriksen et surtout les bijoux Steen et Koblar ( les deux en Suède, Örebro pour le premier, Leksand, relégué de première division en Suède) pour le second,   en plus de Michael Brandsegg-Nygard, ce dernier constituant l’unique contingenté en NHL (Detroit et encore … pour un seul match jusqu’ici). Absolument sensationnel, plus encore que la même médaille de bronze obtenue par la Lettonie il y a trois ans. Mais ici au pays de Grévire (Gruyères pour les non-armailis) et d’un quart francophone, on s’en fout, on ne retient et ne s’attarde que sur les la(r)mes d’un Roman devenu feuilleton, et d’autres.  Josi, à qui, il est vrai et que justice lui soit rendue, le titre suprême aurait convenu comme l’un de sa paire de gants.

Revenons à la partie. Sans leur excellent défenseur Miro Heiskanen (Dallas), sans  Teuvo Teräväinen (Chicago) encore absent, sans Sebastian Aho (Carolina) non plus, engagé dans la finale de NHL, et sans personnalité vraiment dominante, les Suomi étaient distinctement bons à être pris une deuxième fois dans ce dernier affrontement.

Centres  =  Suisse-Finlande 0:3

Le réveil a été brutal. La défense nordique a d’abord donné le ton. Pire, Thürkauf a commis l’une de ses innombrables fautes (souvent très stupides) qui a failli coûter l’ouverture du score (but annulé). Les centres finlandais Barkov et Lundell (tous les deux Florida) et Raty (Vancouver) ont éteint les Hischier, Suter et un Malgin très mal utilisé, nominalement pas à sa place (on sait pourtant ce que cela donne chez le brillant mais infiniment capricieux élément …), qui plus est encore extrêmement proprement   contrôlé par … des adversaires de son propre championnat, Puljujärvi et Manninen. Tout sauf un hasard. Pire les presque pleines deux minutes de double supériorité au début du 2ème tiers ont été réduites à moins que des miettes. Le reste est pure logique. Des finlandais enhardis part cette subite et ma foi habituelle, fébrilité excessive des suisses, ceux-ci subissant trois pénalités par la suite, et maintenant une pression constante pour ralentir toute progression de l’adversaire. Ce qui démontre au passage qu’il est plus aisé de défendre une avance minimale que de 3 buts par exemple, laquelle paradoxalement, beaucoup de joueurs vous le confirmeront, est souvent la peste et paralyse. Un cumul d’exemples en atteste ! Mais sans marquer elle non plus, en dépit de cette domination. Qu’elle matérialisait néanmoins et finalement dans la prolongation.  

On peut enfin se montrer amusé par un effet boomerang, pas si inattendu que cela en définitive, par votre dévoué : l’équipe de Suisse pouvait compter sur ses 6 joueurs NHL, la Finlande s’alignait avec 7 joueurs du championnat suisse (Saarijärvi, Puljujärvi & Manninen, servetiens, Björninen & Mäenalanen, SCL Tigers, Merelä, Berne, et Lehtonen, ZSC.  Le comparatif vous paraît insolite ? Peut-être.

N’ont pas non plus été mises en évidence les absences de Richard Panik et Martin Gernat (oui, celui boudé par le LHC en 2023) dans une équipe slovaque qui aurait pu prétendre à beaucoup mieux avec cet apport. Las, ceux-ci contribuaient durant cette période fortement à la défense du titre de Lokomotiv Yaroslavl en KHL, au détriment de l’AK Bars Kazan. Au sein duquel, le modeste américain Mitch Miller a été éblouissant. Le défenseur né dans l’Ohio, y a réalisé 70 points en 87 parties, dont …. 23 pour les 20 parties en playoffs et se montrant le meilleur compteur de ceux-ci.

L’an prochain, la Russie (dont 20 de 50 en NHL et sélectionnables à l’heure actuelle …)  devrait en principe être de retour, ainsi que la Biélorussie d’ailleurs, qui n’est pas un contradicteur si facile. On oublie par conséquent depuis 5 ans que la compétition est, sous cette forme et de surcroît, tronquée. Voilà le mandat des helvètes, nullement impossible, remis à très dure enchère. 

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