Fribourg-Gottéron a traversé la saison régulière avec une constance qui force le respect. Peu importe les circonstances, les Dragons ont répondu présents semaine après semaine, s’appuyant sur un effectif dense, équilibré et doté d’un gardien de très haut niveau. Plus qu’une équipe talentueuse, Fribourg a surtout donné l’impression de savoir gagner autrement, sans dépendre uniquement d’un exploit individuel. À cela s’ajoute la BCF Arena, appelée à devenir un véritable levier lorsque les séries entreront dans leur phase la plus exigeante. Mais à Fribourg, le printemps n’est jamais totalement serein. Le passé n’est jamais loin, avec cette réputation persistante d’équipe séduisante en saison régulière mais incapable de franchir le dernier cap. Depuis la finale perdue en 2013, ce plafond de verre semble toujours planer au-dessus des Dragons, comme un rappel constant au moment d’aborder les matches couperets.
C’est précisément pour changer cette narrative que le club a confié les clés à Roger Rönnberg. Le technicien suédois a été engagé pour insuffler une nouvelle culture: responsabiliser ses joueurs, accélérer la prise de décision sous pression et transformer Gottéron en véritable prétendant au titre. Reste à savoir si cette transformation tiendra lorsque le hockey deviendra plus dur, plus direct, plus impitoyable — ce moment où les certitudes de l’hiver ne suffisent plus. Car le danger est connu: voir une saison aboutie se transformer en déception printanière. Fribourg en a trop souvent fait l’expérience pour l’ignorer. Cette fois, le contexte émotionnel ajoute encore à l’intensité. Julien Sprunger dispute les derniers playoffs de sa carrière (il faudra en tirer profit), tandis que le départ annoncé du cerbère vétéran Reto Berra renforce le sentiment d’urgence. À Fribourg, tout le monde sait que certaines opportunités ne se représentent pas.
Un record de 37 victoires
La fin de saison régulière a d’ailleurs confirmé le sérieux du groupe. Lors de la 52e et dernière journée de saison régulière, dans une ambiance électrique à Berne, les Dragons se sont imposés 4-3, sans rien lâcher malgré l’absence d’enjeu comptable. Un état d’esprit fidèle aux exigences de leur entraîneur, même si celui-ci admet qu’«il manquait peut-être quelques pourcentages de motivation» sur les derniers matches. Le regard est désormais tourné vers l’essentiel, comme le résume Henrik Borgström: «On attend surtout le début des séries.» Avec 100 points et une deuxième place derrière Davos, Fribourg signe l’une des meilleures saisons de son histoire, ponctuée par un record de 37 victoires. Devancer des équipes comme Lausanne, Genève ou Zurich n’allait pourtant pas de soi au mois de septembre.
Mais à l’heure d’entrer dans le vif du sujet, tout n’est pas idéal. La blessure de Sandro Schmid, forfait jusqu’à la fin de la saison, redistribue les cartes en attaque et fragilise une première ligne qui a perdu deux de ses trois membres (à l’absence de Wallmark s’ajoute celle de Marcus Sörensen). Rönnberg a dû recomposéer ses trios. Qui avec Ty Rattie et Jacob de la Rose? Derrière, la ligne Bertschy–Biasca–Borgström devra assumer une grande partie de la production offensive… si le coach ne la retouche pas, car les autres combinaisons ne présentent pas les mêmes garanties sur la durée. Attilio Biasca s’est affirmé comme une révélation, tandis que Christoph Bertschy a confirmé sa régularité. Henrik Borgström, lui, a terminé la saison en trombe pour s’imposer comme le meilleur compteur de l’équipe.Dans les buts, la situation est plus rassurante. Berra, auteur d’une saison exceptionnelle (1,96 but encaissé en moyenne, cinq blanchissages), a tenu à garder le rythme jusqu’au bout, refusant de lever le pied avant les playoffs, reléguant Loïc Galley à son véritable rôle de backup. Capable de prendre la relève? En défense, Michael Kapla s’est imposé comme une valeur sûre, bien épaulé par Andrea Glauser et Yannick Rathgeb, redevenu très productif offensivement. L’arrivée du très offensif Jusso Arola offre clairement une belle alternative à «RR».
Pour Julien Sprunger
À l’inverse, tout le monde n’a pas suivi. Kyle Rau n’a jamais trouvé son rythme et a perdu sa place, Kevin Etter n’a quasiment pas joué en raison des blessures, et les jeunes Rod et Gerber n’ont pas réussi à s’imposer. Reste enfin cette incertitude de taille: Sörensen. Touché aux adducteurs depuis janvier, le Suédois est incertain pour les playoffs, malgré une volonté claire de revenir rapidement, mais avec un retour qui semble repoussé de jour en jour. Encore faudrait-il alors lui retrouver une place logique dans une équipe bien façonnée. Une chose est sûre: après des mois maîtrisés, Fribourg arrive au moment de vérité sans toutes leurs cartes en mains. Mais cette fois, les Dragons ne veulent pas seulement briller. Ils veulent aller au bout. Pour Julien Sprunger…






















































