Le sacre historique de Fribourg-Gottéron au printemps dernier a immédiatement fait naître une question: les Dragons sont-ils capables d’enchaîner avec un deuxième titre consécutif? Si la réponse semble envisageable sur le papier, l’histoire récente de la National League invite pourtant à la prudence. Dans le hockey suisse moderne, défendre son titre est devenu un véritable parcours du combattant. Les ZSC Lions y sont parvenus en 2024 et 2025, mais cette performance apparaît davantage comme une exception que comme une règle. Avant eux, il fallait remonter au HC Davos d’Arno Del Curto, champion en 2009 puis en 2011-2012 avec une équipe dominante sur plusieurs saisons. La réalité est implacable: depuis l’instauration des playoffs en 1986, très peu de clubs ont réussi à bâtir une véritable dynastie.
La première explication réside dans l’incroyable densité de la National League. Contrairement à d’autres championnats européens où deux ou trois équipes dominent durablement, la Suisse compte aujourd’hui une dizaine de formations capables de viser les demi-finales, voire le titre. Les écarts financiers se sont réduits, les infrastructures se sont modernisées et la qualité du recrutement s’est homogénéisée. À cela s’ajoute une saison de plus en plus exigeante. Entre la Champions Hockey League, les pauses internationales, un calendrier chargé et des séries éliminatoires longues et intenses, les organismes sont mis à rude épreuve. Le champion dispute souvent une dizaine de matches supplémentaires par rapport à ses concurrents directs, ce qui réduit le temps de récupération et complique la préparation de l’exercice suivant. Sans oublier qu’un champion devient automatiquement la cible à battre. Chaque adversaire élève son niveau face au tenant du trophée, rendant chaque déplacement encore plus compliqué.
À ces éléments sportifs s’ajoute la difficulté de conserver un effectif stable. Les meilleurs joueurs sont convoités, les salaires augmentent et certains cadres choisissent de relever un nouveau défi ou de tenter leur chance à l’étranger. Même lorsqu’un noyau est préservé, la motivation constitue un autre défi. Retrouver la même faim après avoir atteint le sommet demande une force mentale exceptionnelle. Les ZSC Lions ont montré récemment qu’une organisation parfaitement structurée, dotée d’une profondeur d’effectif impressionnante et d’une culture de la gagne bien ancrée, pouvait relever ce défi. Fribourg-Gottéron espère désormais suivre cette voie. Mais l’histoire de la National League rappelle une vérité incontournable: conquérir un premier titre est déjà un exploit, le défendre est souvent encore plus difficile.





















































